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Présidentielle: "l'hypothèse d'un départ d'électeurs de Fillon vers Le Pen est réelle"

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- - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Florian Philippot, vice-président du FN, a estimé lundi "que beaucoup d'électeurs" indécis ou penchant pour François Fillon "voteront Marine Le Pen parce que ce sera le vote utile (...) et le vote qui correspond à leurs convictions". "C'est une possibilité", a confirmé à RMC.fr, Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux.

Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux:

"Pour François Fillon, l'argument qui consiste à se présenter comme le bouclier anti-Le Pen est notamment fondé sur le fait que, dans le public de la manifestation de ce dimanche au Trocadéro, un public qui a voté majoritairement pour lui lors de la primaire de la droite, il y a un profil d'un électeur non représentatif de l'électeur de droite en France. C'est un électorat plus à droite, plus vieux, plus catholique pratiquant. Cet électorat, d'un certain côté, peut être assez réceptif à la dimension sociale et sociétale des propositions du Front national.

"Une partie irait à l'extrême droite et l'autre vers le centre"

Plus précisément, cet électorat se reconnaîtrait dans quelques-unes des 144 propositions de Marine Le Pen. Cet électorat, plus ou moins instrumentalisé par François Fillon lui-même, dit 'Si vous vous privez de notre candidat préféré, nous allons filer en masse chez Marine Le Pen'. Une ligne supposée interdite mais déjà franchie allègrement sinon le FN ne serait pas si haut dans les sondages. Je pense que cette hypothèse est réelle. C'est en tout cas ce qui ressort de la structure du vote Fillon.

Pour autant, cela ne ferait pas à une très grande majorité. Cela serait plutôt une coupure en deux de l'électorat Fillon et d'une certaine façon cela neutraliserait chacune des ailes: une partie irait à l'extrême droite et l'autre vers le centre. Plus précisément, alors que François Fillon est actuellement crédité de près de 20% des intentions de vote dans les sondages, en cas de désistement de sa part, la moitié de cet électorat (donc 10% d'intentions de vote supplémentaires) pourrait rejoindre Marine Le Pen et l'autre moitié rejoindrait Emmanuel Macron ou le candidat Les Républicains de substitution.

"François Fillon fait feu de tout bois"

Maintenant qu'Alain Juppé a clairement dit qu'il ne serait pas ce candidat de substitution, on se demande donc qui risque d'occuper cette place, que François Fillon ne veut pour le moment pas lâcher. Mais s'il devait décrocher, être débranché, une partie de son électorat pourrait bien partir au Front national. Ce qui est certain, c'est que François Fillon ne se recentrera en rien. Il a une seule et unique obsession: se maintenir, durer, rester en place, tenir peu importe les ruades du taureau furieux sur lequel il est monté.

Tous ses arguments sont reconstruits, instrumentalisés… Il fait feu de tout bois. Donc l'argument du bouclier contre le FN est un argument rhétorique. En réalité, peu importe qu'il soit vrai ou faux, ce qui compte c'est qu'il est évoqué. Il a rangé au même rayon que celui disant 'Les chaînes de télévision ont annoncé le suicide de mon épouse'. Vérification faite ce n'était pas le cas. En ce moment, il faut avoir en tête que les faits n'ont pas d'importance. Ce qui compte, ce sont les arguments qui sont opposés à d'autres arguments. Peu importe qu'ils soient invérifiables, invérifiés ou même totalement faux, ce qui compte c'est qu'ils soient mentionnés, avec une durée de vie inférieure à une journée.

"Le risque d'implosion du parti existe"

En cas d'échec de François Fillon, le risque d'implosion du parti existe. Certains quitteront le parti pour aller vers le FN et d'autres vers un plan B, qui pourrait être le macronisme. Très clairement, tout dépendra du résultat de la présidentielle. S'il y a une élimination au premier tour, ce serait la première fois pour la droite républicaine depuis 1965. La droite n'est donc pas habituée à ça et ne survivrait pas à un tel choc. L'explosion des Républicains est aussi garantie et assurée en cas de défaite de François Fillon au second tour. Et si, miraculeusement, la droite l'emporte au soir du second tour, la victoire cautériserait des plaies. Elle permettrait donc aux Républicains de se ressouder et de repartir derrière le président de la République, et même si c'est François Fillon.

Quant à savoir dans quelle mesure l'hémorragie aurait lieu, cela dépendra de la figure alternative proposée, de l'offre électorale proposée:

- Si c'est une personnalité consensuelle, un profil comme Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, voire François Baroin, cela peut éviter des départs vers Marine Le Pen.

- Si c'est un profil trop centriste, considéré comme trop juppéiste, comme Edouard Philippe (le député-maire du Havre), là il y aura des départs vers le FN.

- Si c'est une personnalité trop tranchée à droite, comme Christian Estrosi, Eric Ciotti ou Laurent Wauquiez, il y aura des départs vers le centre de la partie centre-droit des Républicains."

Propos recueillis par Maxime Ricard