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Prix des médicaments: "Il n'est pas dans l'intérêt des industriels de maintenir des prix inaccessibles"

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Le prix de certains médicaments est un débat qui monte, car il pourrait remettre en cause l’accès égal et gratuit aux innovations, notamment dans les traitements contre le cancer. "En France, pour le moment, personne ne se voit privé de médicaments pour des raisons financières", a toutefois rappelé ce mardi sur RMC, Marisol Touraine, ministre de la Santé.

François Hollande proposera mercredi une initiative sur le contrôle des prix des médicaments, en particulier les médicaments innovants, auprès des grandes compagnies pharmaceutiques, lors de prochaine réunion du G7 (26-27 mai) qui se tiendra au Japon, a annoncé son entourage lundi. Il faut dire que la question des prix des médicaments menace aujourd'hui l'accès aux soins et la pérennité des systèmes de santé.

Les prix de certains nouveaux médicaments, contre le cancer ou l'hépatite C par exemple, pèsent dangereusement sur les finances des systèmes de santé publics comme le système français. Ailleurs, ils poussent des assureurs à ne pas les rembourser, obligeant des malades à renoncer au traitement ou à vendre leurs biens pour accéder aux traitements.

"Les lobbys d'industrie pharmaceutique sont très puissants"

Une situation dénoncée ce mardi sur RMC par Jean-Paul Vernant, professeur d'hématologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et l'un des 110 cancérologues signataires d'une pétition publiée par Le Figaro dénonçant le prix des médicaments contre le cancer. "Les lobbys d'industrie pharmaceutique sont très puissants voire même plus puissants que ceux de l'industrie du tabac, avance-t-il. Les laboratoires pharmaceutiques sont des multinationales, qui règlent leurs problèmes au niveau international donc si l'on veut s'opposer à eux, leur expliquer qu'ils font des bêtises, il convient de le faire de façon internationale".

"En France, pour le moment, personne ne se voit privé de médicaments pour des raisons financières, tient à rappeler Marisol Touraine, invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Nous avons la volonté d'inscrire cela dans la durée. En France, on ne dit pas non à un malade pour des raisons financières". "Ces dernières années, du fait de l'innovation, de nouveaux médicaments arrivent mais à des prix insoutenables dans la durée", s'insurge la ministre de la Santé.

"Il faut trouver un terrain d'entente"

C'est pourquoi, elle indique avoir "demandé aux industriels de discuter de la manière de définir les prix de telle façon à ce qu'ils soient supportables pour la Sécurité sociale et leur garantissent en même temps un retour sur investissement. C'est normal mais aujourd'hui ils annoncent des prix qui ne peuvent pas être tenus par les systèmes d'assurance maladie. Le président de la République devrait donc annoncer demain qu'il va porter ce sujet au niveau des chefs d'Etat du G7."

Et de préciser: "Il va demander à ce qu'il y ait une coopération internationale. Aujourd'hui chaque pays négocie dans son coin alors que nous devons déterminer un processus pour qu'ensemble nous soyons plus forts pour faire pression sur les prix. Il faut que les industriels comprennent qu'il n'est pas dans leur intérêt de maintenir des prix inaccessibles. Il faut donc trouver un terrain d'entente".

L'exemple du médicament contre l'hépatite C

Présenté par les médecins comme révolutionnaire, voici les différents prix pour de ce médicament pour 12 semaines de traitement:

  • En France, 41.000 euros
  • En Allemagne, 49.000 euros
  • Aux Etats Unis, 74.000 euros
  • En Thaïlande, 3.000 euros

Si l'on pourrait se dire que le prix varie en fonction de la richesse du pays, en réalité pas du tout expliquent médecins et spécialistes des médicaments. L'industrie pharmaceutique, disent-ils, demande toujours la somme maximale que le pays pourra supporter.

C'est ainsi que le prix de certains traitements a doublé voire triplé en quelques années alors que la molécule restait la même et que la recherche et le développement du produit étaient amortis depuis longtemps.

La bataille contre cette injustice sera terrible expliquent médecins et politiques. Et de prévenir: si les pays les plus riches de la planète ne sont pas solidaires, ils perdront la guerre.