RMC

Professeurs accusés d'islamophobie à Sciences-Po Grenoble: "Je suis dépassé par les événements" confie l'un d'eux sur RMC

TEMOIGNAGE RMC - Klaus Kinzler, professeur d'allemand à Sciences-po Grenoble, était l'invité d'Apolline de Malherbe en direct sur RMC.

"Des fascistes dans nos amphis": l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble est en proie à des tensions autour d'accusations d'islamophobie visant deux professeurs par le biais d'un affichage sauvage qui fait désormais l'objet d'une enquête.

Des étudiants ont placardé à l'entrée de l'institution des affichettes, relayées sur des réseaux sociaux par des syndicats d'étudiants, qui indiquent: "Des fascistes dans nos amphis. L'islamophobie tue", et mentionnent les noms des deux professeurs.

Une enquête a été ouverte ces dernières heures par le parquet pour "injure publique" et "dégradation": il s'agit du dernier épisode d'une polémique autour d'un cours sur l'islam en France et de la préparation d'une "Semaine de l'égalité" contre les discriminations.

Un malaise qui s'est cristallisé jeudi quand des étudiants ont placardé à l'entrée de l'institution des affichettes indiquant: "Des fascistes dans nos amphis. L'islamophobie tue". Le tout accompagné du nom de deux professeurs et relayé en photo par des syndicats d'étudiants sur les réseaux sociaux.

>> A LIRE AUSSI - Qu'est-ce que l'"islamo-gauchisme?

Un cours intitulé "Islam et musulmans dans la France contemporaine", dont le professeur en charge est visé par l'affichage sauvage, est dans le collimateur de l'Union syndicale Sciences Po Grenoble (US) - le premier syndicat étudiant de l'IEP. Dans un appel sur Facebook le 22 février, le syndicat avait demandé des témoignages d'étudiants sur d'éventuels "propos problématiques" qui y auraient été tenus, sans nommer l'enseignant.

"La liberté du discours académique est menacée"

L'Unef, dont la branche grenobloise a aussi relayé ces affiches sur les réseaux sociaux, a reconnu dimanche une initiative "maladroite et dangereuse" dans un communiqué, réaffirmant "son opposition à toute haine, à tout lynchage public et son attachement à la liberté d'expression".

Le deuxième professeur visé par le collage est un professeur d'allemand qui enseigne à l'IEP depuis 25 ans. La polémique le concernant serait née fin novembre après un groupe de travail informel constitué d'enseignants et d'étudiants, pour préparer la semaine de "l'Égalité et contre les discriminations".

Sur RMC, ce lundi matin, Klaus Kinzler, professeur d'allemand mis en cause, a confié être "dépassé par les évènements", "ne dormant plus depuis plusieurs nuits".

Face à Apolline de Malherne, l'enseignant rejette les accusations: "Je suis droit dans mes bottes, je me défends de toutes ces accusations absurdes (...). Les accusateurs ont déformé [un entretien] pour faire de moi un extrémiste de droite islamophobe. C’est une falsification, c’est mensonger". 

>> A LIRE AUSSI - Samuel Paty: la collégienne, qui accusait l'enseignant d'islamophobie, a avoué avoir menti

Et de dénoncer des syndicats qui "représentent une petite minorité extrémiste". "Il plane une menace sur le débat académique libre. La liberté du discours académique est menacée. Une partie des enseignants confond militantisme et science. On cache son militantisme sous les vêtements de la science, une science intouchable, sacrée". 

"On présente celui qui contredit comme un agresseur"

"On ne supporte pas la contradiction: on présente celui qui contredit comme un agresseur" dénonce-t-il sur RMC.

Avant de confier, en fin d'entretien être "dépassé par les événements": "Tout s‘est accéléré, avec ces affiches collées au mur. Je suis très content que les médias se soient emparés de cette affaire". 

Lundi, après plusieurs jours de silence, la direction de Sciences Po Grenoble "condamne avec la plus grande fermeté" dans un communiqué. La direction de l'Institut d'études politiques assure également qu'elle "mettra tout en oeuvre pour faciliter le travail" de la mission d'inspection demandée dimanche par la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Dans son communiqué, l'établissement rappelle son "attachement sans faille aux valeurs de dialogue, de bienveillance mutuelle et d'altérité" et assure que "garantir les libertés académiques est une exigence non négociable".

Xavier Allain