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COP21: "Les risques du nucléaire sont plus faibles que ceux liés au changement climatique"

Jean-Marc Jancovici, enseignant à l’école des Mines et consultant sur les questions énergétiques, était l'invité de Jean-Jacques Bourdin ce lundi. Selon lui, remplacer le nucléaire par des énergies renouvelables coûterait bien plus cher que la rénovation complète de notre parc de centrales.

En pleine COP21, la conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques qui s'est ouverte ce lundi au Bourget, c'est un plaidoyer pour le nucléaire qui détonne. Selon Jean-Marc Jancovici, enseignant à l’école des Mines Paris Tech et consultant sur les questions énergétiques, "les risques liés au nucléaire sont considérablement plus faible que les risques liés à un changement climatiques de grande ampleur".

Pour lui, si "nous sommes en danger", c'est à cause de notre dépendance aux énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) sur laquelle repose nos sociétés. Un chiffre montre notre dépendance : l'an passé, 452 milliards de dollars de subventions ont été allouées aux énergies fossiles, contre 121 milliards de dollars aux énergies renouvelables.

"Remplacer les énergies fossiles par du renouvelable et du nucléaire"

Jean-Marc Jancovici prévient, "si on veut préserver un climat stable, il va falloir faire progressivement avec de moins en moins (d'énergies fossiles)". "Il faut les remplacer pour partie par (des économies d'énergies), et pour partie par d'autres formes d'énergie, à savoir le renouvelable ET le nucléaire".

Pour le renouvelable, le consultant en énergie prend l'exemple de la Suède, pays de 9 millions d'habitants répartis sur une surface à peu près équivalente à la France. "Les Suédois n'utilisent pas de pétrole ni de gaz dans l'industrie et dans le chauffage". Mais il note que c'est "facile de le faire en raison de la présence de montagnes et de forêts" qui facilitent la mise en place d'énergies renouvelables (bois, éolien, barrages hydraulique…).

2.800 milliards pour la création d'un parc éolien et solaire

C'est pourquoi il lui paraît difficile pour la France de se passer du nucléaire. Jean-Marc Jancovici estime qu’il faudrait 350 milliards d'euros pour la rénovation complète de notre parc nucléaire, contre 2.800 milliards pour la création d'un parc éolien et solaire capable de produire suffisamment d’électricité pour nos besoins. Dans son livre Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (éd. Odile Jacob), il critique également le choix de l'Allemagne de se priver de l'énergie nucléaire, après la catastrophe de Fukushima, au Japon. Selon lui, l'Allemagne a dépensé 350 milliards d'euros en vingt ans pour s'équiper en énergies renouvelables sans faire varier "d'un iota l'évolution de ses émissions de CO2" !

"Chez nous, dès qu'un petit gueule contre un gros, il a toujours raison"

Et quand on lui parle des risques du nucléaire, il les balaie d'un revers de main. "Le risque nucléaire en France est surreprésenté. Chez nous, dès qu'un petit - l'anti-nucléaire - gueule contre un gros, il a toujours raison et on a plutôt envie de l'écouter. C'est le syndrome Astérix, le petit qui a raison contre le gros benêt, et en France on adore ça. Mais le nucléaire est moins affreux que l'idée qu'on veut bien s'en faire. Les risques liés au nucléaire sont considérablement plus faible que les risques liés à un changement climatique de grande ampleur".

Philippe Gril avec JJ. Bourdin