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"Folie furieuse" ou "impératif climatique": faut-il multiplier les éoliennes en mer?

Le gouvernement veut multiplier la construction de parc éolien en mer. Mais les habitants déplorent la pollution visuelle, tandis que les opposants s'inquiètent de l'impact sur la faune et la flore. Pour apaiser les tensions, l'exécutif a promis des ristournes sur les factures des habitants et une compensation aux municipalités.

Emmanuel Macron est attendu à Saint-Nazaire ce jeudi où il doit "saluer la mise en œuvre du premier parc éolien en mer de France". Un parc composé de 80 éoliennes au large, qui doivent produire 20% de l'électricité du département de Loire-Atlantique.

Mais ces 80 éoliennes, visibles du littoral, font tache sur les cartes postales. "C'est insupportable. On n'a plus l'impression d'avoir la mer. On nous avait dit qu'on ne les verrait pas mais on les voit parfaitement, on voit les pales tourner", déplore Marguerite, qui vit face à l'océan à Batz-sur-Mer.

Mais il va peut-être falloir s'habituer à ces éoliennes et à l'implantation de leurs cousines terrestres. Une circulaire a été transmise à tous les préfets de France pour leur demander de "mettre en place toutes les actions requises pour accélérer le traitement des projets d'énergies renouvelables".

"Dictatorial"

"C'est de la folie furieuse", déplore Jean-Louis Butré, le président de la Fédération environnement durable, opposé aux éoliennes. "J'estime que c'est dictatorial. On va se battre contre cette circulaire", assure-t-il à RMC. "Le parc de Saint-Nazaire, c'est 450 mégawatts et il tournera au mieux à 40% soit 180 mégawatts. Quand on a fermé Fessenheim, la centrale produisait 1.800 mégawatts. Il faudrait dix parcs de Saint-Nazaire pour attendre ce qu'on a fermé à Fessenheim", explique Jean-Louis Butré.

"C'est d'une mocheté sans nom. La construction, l'exploitation et le démantèlement de ce parc éolien rend extrêmement vulnérables les mammifères marins", renchérit sur le plateau des "Grandes Gueules", sur RMC, Barbara Lefebvre.

"Toutes les éoliennes, à ma connaissance, arrivent des Etats-Unis", croit savoir Quentin, auditeur des "Grandes Gueules" et technicien dans la marine marchande qui a travaillé autour du parc éolien de Saint-Nazaire avec les chantiers de l'Atlantique. "Toutes les poses de câbles sont américaines et tous les tabliers ont été fabriqués en Asie", ajoute-t-il.

En fait, seules les pales des éoliennes sont fabriquées en France, mais une filiale de recyclage est en train de se mettre en place sur le territoire national.

"Les impacts sur la biodiversité sont parfaitement maîtrisés"

À Batz-sur-Mer, Monique s'y est pourtant faite après avoir été réticente: "Cela nous empêche pas de vivre et on est bien content, on a besoin d'électricité, on ne peut pas grogner après les éoliennes".

Pour Fabrice Cassin, membre de l'association France énergie éolienne, la multiplication de ce genre de parc est nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et pour permettre l'indépendance énergétique de la France, alors que l'Europe est confrontée à une crise énergétique d'ampleur. "On a un impératif climatique et stratégique. La sécheresse, la guerre en Ukraine et la détérioration du parc nucléaire nous ont amené à une baisse historique de notre capacité de production", déplore-t-il.

"Les impacts sur la biodiversité sont parfaitement maîtrisés", assure Fabrice Cassin. "Il y a des arrêts de machine lors des périodes de migration pour éviter la mortalité de certaines espèces", ajoute-t-il, estimant que la mort de certains animaux "est un niveau de risque", à prendre visiblement.

Des compensations financières pour les habitants et les municipalités?

Du côté des premiers intéressés, les habitants du littoral breton, qu’ils soient pour ou contre, une expression revient toujours: "On n'a pas le choix". Pour faire passer la pilule, le gouvernement envisage des ristournes sur les factures d’électricité pour les habitants impactés, comme Louisette. "Ça serait bien. C'est moche mais si on est indemnisé, il y a du positif", philosophe-t-elle.

La commune va percevoir une compensation de 280.000 euros par an. "Cela permet de donner des capacités d'investissement supplémentaires comme la mise aux normes énergétiques de nos bâtiments. Avec le coup de l'énergie, ce sont des dossiers qui deviennent de plus en plus urgents", explique à RMC Bruno Schmit, le premier adjoint à la mairie de Batz-sur-Mer. La commune espère même renégocier sa compensation à la hausse, mettant en avant la pollution visuelle, plus importante qu’ailleurs.

Martin Cadoret avec Guillaume Dussourt