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Accord de Paris: "Le leadership climatique américain est mort"

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Au-delà des enjeux du réchauffement climatique, Donald Trump pourrait faire manquer aux Etats-Unis un tournant économique important en sortant de l'accord de Paris.

Les Etats-Unis n'ont aucune raison de s'excuser: c'est la défense de l'Administration Trump depuis que le président américain a décidé de se retirer de l'accord de Paris sur le climat. 

Une décision soutenue par certains de ses supporters, comme Scott, avocat américain, qui estime que "Oui, le changement climatique existe, mais on doit aussi penser à nos familles et mettre d'abord de la nourriture sur la table."

D'autres, à Staten Island, enjoignent au président américain de "penser à (ses) enfants et petits enfants".

"Trouvez une solution qui va leur bénéficier, car la vie sur Terre vient avant l’argent. Vous pouvez rendre sa grandeur à l’Amérique en protégeant l’environnement", implore l'un d'entre eux au micro de RMC. 

Une large majorité des Américains sont en effet favorables à l’accord de Paris.

Mais ce virage de Donald Trump peut aussi servir de déclencheur pour le reste du monde. Et l'économie de l'écologie qui pourrait servir beaucoup de pays, comme l'explique David Levaï, directeur du programme Climat à l'Institut du développement durable.

"Le leadership climatique américain est mort. Bien entendu, la nature a horreur du vide et d’autres leaders vont émerger, avec des pôles sur chacun des continents, comme l'Union Européenne ou la Chine. Ils ont un intérêt économique très fort: ils vont être leaders sur les technologies du futur, les industries du futur. Ceux qui seront détenteurs de cette technologie, ceux qui seront investisseurs sur ces projets auront énormément de bénéfices économiques à retirer, des bénéfices d’emploi et d’innovation."

Le secteur des énergies renouvelables est en effet en plein boom: il représente près de 10 millions d’emplois dans le monde, soit une augmentation de 40% depuis 2012.

La manne économique du développement durable

Dans leurs périodes de faible consommation nationale, les Etats-Unis se sont souvent appuyés sur leurs exportations à l’étranger. Mais cette fois, ils risquent de subir plus durement la concurrence chinoise.

Pékin a pris le virage de la transition énergétique: des produits plus respectueux de l’environnement pourraient donc plus facilement séduire les partenaires commerciaux.

Emmanuel Macron n'a d'ailleurs pas tardé à réagir à la déclaration de Donald Trump avec son "Make our planet great again". Hier à Paris, il recevait Michael Bloomberg, ancien maire de New-York, engagé pour le climat, qui a salué l'action du président français: 

"Vous avez beaucoup de chance ici en France. Vous avez un nouveau président qui est enthousiaste, intelligent. Il veut tout faire pour améliorer la qualité de vie des Français en voulant réduire la pollution de l’air et en faisant ce que tout dirigeant devrait faire. J’aimerais que notre président fasse la même chose."

Au journal télévisé de TF1 hier soir, Nicolas Hulot s'est dit "très fier" de la réaction du Président. "Cet accord de Paris, il n’est pas re-négociable, tout simplement parce qu’on ne négocie pas sur l’avenir de l’humanité", a martelé le ministre de la Transition écologique et solidaire. 

D’après un rapport de l’OCDE, le PIB des pays les plus développés gagnerait près de 3% d’ici 2050, grâce à des politiques climatiques cohérentes avec l’accord de Paris. Les Etats-Unis pourraient donc passer à côté de ce potentiel de croissance.

L.A., avec Benjamin Smadja et Antoine Boyer