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Nomination d'Audrey Bourolleau: "Une lobbyiste comme conseillère à l'Elysée, ce n'est pas anodin"

Audrey Bourolleau, ex-déléguée générale de Vin et société, une instance de lobbying du vin, a été nommée au poste de conseillère agriculture d'Emmanuel Macron (photo d'illustration)

Audrey Bourolleau, ex-déléguée générale de Vin et société, une instance de lobbying du vin, a été nommée au poste de conseillère agriculture d'Emmanuel Macron (photo d'illustration) - FLORIAN DAVID / AFP

Audrey Bourolleau, ex-déléguée générale de Vin et Société, une instance de lobbying du vin, a été nommée au poste de conseillère agriculture d'Emmanuel Macron. Une nomination difficile à avaler pour le professeur Amine Benyamina, président de la Fédération française d'addictologie.

Amine Benyamina, psychiatre addictologue, président de la Fédération française d'addictologie:

Avant d'être nommée conseillère agriculture d'Emmanuel Macron, Audrey Bourolleau dirigeait depuis 2012 Vin et Société, une association qui regroupe l'ensemble de la viticulture. Elle défendait donc, à ce titre, les intérêts de la filière à travers des stratégies de lobbying très offensives. C'est pourquoi, même si elle a démissionné de son poste, sa nomination nous inquiète. Même si officiellement elle est en poste en tant que conseillère sur agriculture, quand une personne qui a fait, comme elle, toute sa carrière dans le lobby pour pouvoir détricoter la loi Evin, on ne peut que s'alarmer de sa proximité avec le président de la République. Selon nous, les intérêts de la filière viticole contre les intérêts de la santé publique seront probablement prioritaires par rapport à la défense de l'agriculture en général.

"Alerter Emmanuel Macron et l'opinion publique"

On nous a indiqué qu'Audrey Bourolleau avait rejoint le cabinet d'Emmanuel Macron en tant que conseillère en charge des questions d'agriculture et de développement durable, et non de santé. Mais je pense que certaines prises de position, dans d'autres domaines, comme la pollution ou l'écologie, peuvent avoir un impact sur la santé. Dès lors, cela me semble une erreur de penser qu'il y a une étanchéité entre les différentes sphères qui sont sous la responsabilité du président de la République.

Cela voudrait donc dire que des décisions dans la filière agricole, notamment dans la filière viticole, pourraient être prises sans prendre en compte la question de santé publique. Ce que nous trouvons alarmant. Les sujets ne sont pas hermétiques. C'est pour cela que, même si elle est en charge des questions agricoles, certaines prises de position peuvent avoir un effet néfaste sur la santé publique. C'est pourquoi nous avons écrit ce communiqué, pour alerter Emmanuel Macron mais aussi l'opinion publique.

"Pas de procès d'intention au gouvernement ni au président de la République"

Audrey Bourolleau est une lobbyiste reconnue, patentée et talentueuse. Mais, avoir une lobbyiste comme conseillère auprès de l'Elysée n'est pas chose anodine. Cela dit, nous ne voulons pas faire de procès d'intention au gouvernement ni au président de la République. Nous souhaitons simplement mettre à jour ce que nous savons sur le sujet. Nous connaissons Audrey Bourolleau depuis des années et, selon nous, il n'est pas inutile de rappeler ses faits d'armes, notamment ses positions sur la loi Evin, sur l'œnotourisme ou encore la manipulation du concept de seuil à propos de l'alcool.

J'ai confiance en Emmanuel Macron mais il est de mon devoir, en tant que président de la Fédération française d'addictologie, de lui dire 'Attention, nous connaissons Audrey Bourolleau et nous serons vigilants à ce que ses conseils n'aillent pas à l'encontre de l'intérêt général, de la santé publique'. Il est, selon nous, utile et important de lui dire. Affaire à suivre donc".

Propos recueillis par Maxime Ricard