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Alcoolisme - Essais prometteurs pour le Baclofène: "J'ai ressenti comme une libération physique"

Le Baclofène a montré des résultats dans la diminution de la consommation d'alcool.

Le Baclofène a montré des résultats dans la diminution de la consommation d'alcool. - Damien Meyer - AFP

TÉMOIGNAGES - Deux essais cliniques menés en France ont démonté que le Baclofène, un décontractant musculaire, aide bien à diminuer la consommation maladive d'alcool. S'il ne permet pas de supprimer complètement l'alcoolisation, ce médicament a changé le quotidien de nombreux patients.

Pendant des années, Samuel consommait de l'alcool tous les jours. "A partir de 18h, c'était réglé. Je consommais de la bière et du vin et régulièrement je finissais avec des alcools forts", explique-t-il sur RMC. Mais en 2012, sa vie a changé lorsque son médecin lui prescrit du Baclofène, un médicament commercialisé comme décontractant musculaire notamment dans le cadre de pathologies comme la sclérose en plaques. Il est depuis quelques années détourné de son usage initial et prescrit par certains médecins à leurs patients alcooliques.

"J'ai suivi un traitement au Baclofène, poursuit Samuel. Au 14e jour, j'ai ressenti une sensation physique indescriptible comme une libération physique dont parlent des milliers de patients qui l'ont vécu."

Arriver à une consommation "médicalement correcte"

Cet effet, ressenti par Samuel vient d'être confirmé par le résultat de deux essais cliniques. L'un d'eux, piloté par le professeur Philippe Jaury a été mené sur 320 patients en "double aveugle": ni le médecin ni le patient ne sait si le médicament ingéré est du Baclofène ou un placebo. Au bout d'un an, 56% des patients sous Baclofène ont réduit leur consommation contre 36,5% des sujets sous placebo. Des résultats encourageants pour le médecin qui rappelle toutefois que le Baclofène n'est pas un produit miracle.

"L'objectif de cette étude ce n'était pas d'être abstinent, c'était d'avoir une limitation des risques. On ne demande pas à nos patients d'arrêter de boire, on leur demande de réduire pour arriver à une consommation 'médicalement correcte', selon les recommandations de l'OMS", détaille-t-il.

Des effets secondaires importants

Le médecin reconnaît toutefois qu'il existe des effets secondaires au traitement "comme tout médicament très actif". Des effets secondaires qu'a ressenti Sylvain, traité au Baclofène après 15 ans de dépendance à l'alcool.

"Au départ du traitement, jusqu'à 50mg par jour, c'était supportable. On est monté assez rapidement à 80mg par jour et là beaucoup d'effets secondaires: des terreurs nocturnes, des vertiges, des tremblements, un goût de métal dans la bouche, des hallucinations. Ca a été une bonne solution au départ mais après j'ai été sujet à beaucoup d'effets secondaires", se souvient ce trentenaire.

S'il a arrêté son traitement, la prise de Baclofène marque un changement dans sa consommation d'alcool. "Je ne suis pas complètement sevré, il me faut à peu près 1,5 litre de vin par jour, mais j'ai commencé à 1,5 litre de vodka ou de whisky par jour", explique-t-il. Pour lui, au-delà du médicament l'accompagnement fait encore défaut, face à un entourage qui ne comprend pas toujours les difficultés rencontrées.

"J'essaye de réduire un petit peu. Ca reste assez difficile, surtout au niveau social. Ca reste une maladie assez sale en France. Les gens de notre entourage ne comprennent pas forcément que c'est une maladie", regrette Sylvain.

Le professeur Jaury déplore également une "mauvaise représentation de cette maladie" et insiste sur la gravité de cette pathologie alors qu'en France "un patient meurt toutes les douze minutes à cause de l'alcool".