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Nuléaire: pourquoi la France mise sur l'EPR?

"LECHYPRE D'AFFAIRE" - Tous les jours à 7h20, on parle éco et conso avec Emmanuel Lechypre, dans "Apolline Matin".

La décision de lancer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR n’interviendra pas avant 2023. Est-ce qu’une fois de plus EDF réussira à forcer la main à l’Etat pour imposer cette technologie ancienne, trop grosse, trop coûteuse, trop complexe? 

Rien n’est moins sûr, d’autant qu’une nouvelle technologie plus prometteuse devient prioritaire: les petits réacteurs modulaires, ou small modular reactors (SMR), bien adapté au remplacement des centrales thermiques fonctionnant aux hydrocarbures

Quels sont les avantages de ces petits réacteurs?

Ils sont environ dix fois plus petits et dix fois moins puissants que les EPR, moins compliqués et moins longs à fabriquer, 5 ans au lieu de 10, et donc moins coûteux. Alors qu’il faut compter de 4000 à 6000 dollars le kilowatt électrique (kWe) pour la construction d’un réacteur type EPR, les SMR promettent des coûts autour de 4000 dollars le kWe pour les têtes de série, puis 2600 à 3000 dollars pour les suivants.

Ils sont aussi moins gourmands en eau et plus sûrs puisque dans un SMR, le risque de fusion du cœur est exclu, et donc il n’y a pas de risques de rejet de produit radioactif à l’extérieur.

Pourquoi la France est-elle en retard sur cette technologie ?

Parce qu'EDF est toujours resté arc-bouté sur l’EPR, quand le reste du monde misait déjà sur cette technologie nouvelle génération. L’Agence internationale de l’énergie atomique recense 72 projets dans lesquels sont impliqués 17 pays.

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Un SMR est déjà en construction en Chine, la Russie va suivre en 2024. Japonais et Américains ne sont pas en reste. Il faudra attendre 2035-2040 pour que le SMR tricolore d'EDF, baptisé Nuward soit mis sur le marché.

Cette technologie devrait figurer dans la rallonge de 30 milliards d'euros au plan d’investissement du gouvernement ce qui ne manquera pas de relancer le débat sur la place du nucléaire dans notre mix énergétique. Les Français y sont majoritairement favorables.

Emmanuel Lechypre