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Alerte dans une centrale nucléaire chinoise: y a-t-il une malédiction des "EPR"?

EXPLIQUEZ-NOUS - Un incident s’est produit sur un réacteur nucléaire Chinois. C’est une centrale EPR de fabrication française et ce sont les autorités américaines qui ont révélé l'existence d’une fuite.

C’est une affaire qui concerne la Chine, la France et les Etats-Unis et qui pour l’instant est assez mystérieuse. Ce que l’on sait, c’est que la chaîne américaine CNN a révélé lundi les faits suivant: le 3 juin dernier, la société française Framatome a alerté les autorités américaines d’un risque radioactif imminent autour d’une centrale nucléaire chinoise. Il s’agit d’un réacteur EPR, un des deux de la centrale de Taishan, tout au sud de la Chine.

Selon CNN, on a constaté une fuite de gaz radioactif au sein du circuit primaire du réacteur. C'est un circuit fermé. La lettre de Framatome au département d’état américain à l'énergie indique que les autorités chinoises auraient repoussé les limites de radioactivité acceptable autour de la centrale pour ne pas avoir à la fermer. À l’heure où l’on parle, le réacteur serait donc toujours en service. Ce qui étonnent les spécialistes.

La radioactivité n'est pas "anormale" autour de la centrale nucléaire de Taishan, dans le sud de la Chine, a assuré Pékin mardi. La centrale nucléaire EPR de Taishan, construite avec le groupe français EDF dans le sud de la Chine, est sous surveillance pour un problème d'étanchéité au coeur d'un réacteur, mais les rejets de gaz dans l'air ainsi générés sont dans les limites autorisées, ont assuré lundi EDF et l'opérateur chinois CGN.

Que disent les autorités chinoises?

Comme d’habitude, rien. Ou plus exactement le strict minimum. Un communiqué a simplement indiqué lundi que les indicateurs de la centrale étaient “normaux”. Circulez, il n’y a rien a voir. Le communiqué ne fait aucune référence aux informations de CNN, il ne parle pas d’une fuite ou de gaz radioactif dans les circuits. Il se contente de dire que les indicateurs sont normaux.

Et côté français que dit-on? Côté Français, le ministère de l'Économie a été prévenu d’un problème le 10 juin, une semaine après les Américains. Alors que la France est directement concernée. EDF est actionnaire à 30% de la société qui exploite cette centrale.

Les premiers communiqués d’EDF lundi semblaient plutôt rassurants. La société française confirme la présence de gaz rares dans les circuits, mais estime que c’est un phénomène connu et prévu. EDF reconnaît tout de même manquer d’information et demande la réunion au plus vite du conseil d’administration de la société chinoise qui gère la centrale.

Comment expliquer que les Américains aient été prévenus en premier de cet incident sur une centrale chinoise, construite par les Français?

C’est effectivement intrigant. Apparemment, la société française Framatome qui a construit le réacteur a d’abord été alertée. Elle a eu besoin de consulter sa filiale américaine qui a à son tour alerté le ministère américain de l’Énergie. Et c’est pour cela que les Etats-Unis ont été les premiers à communiquer. Ce qui est forcément très désagréable pour les Chinois, voire humiliant.

Une mauvaise publicité pour la filière française

Si c’est bien ce qui s’est passé, on peut aussi constater que les Français n’ont pas fait preuve d’une très grande transparence. Prévenu le 10 juin, le ministère de l'Économie a attendu l’information de CNN lundi pour confirmer qu’il était au courant de ce problème en Chine. Il y a donc eu un silence assourdissant observé pendant plusieurs jours par Bercy, par EDF, par Framatome.

Il faut dire qu'au-delà du risque d’accident, cette affaire est très mauvaise pour la filière nucléaire française. C’est le dernier épisode d’un interminable feuilleton. La France développe depuis des années les centrales EPR dite de troisième génération.

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Quatre de ces centrales sont actuellement en chantier en Europe. Une à Flamanville dans la Manche, une en Finlande et deux à Hinkley Point en Grande-Bretagne. Sauf que ces chantiers ont tourné aux cauchemars, toujours plus difficiles que prévu, toujours plus chers et toujours plus longs.

À Flamanville, le chantier devrait être terminé en 2012, il ne l’est toujours pas. On en est à au moins 10 ans de retard. Cela devait coûter 3 milliards, on en est à 19 milliards. C’est un gouffre. Heureusement, le nucléaire français avait une vitrine. Une centrale EPR qui fonctionnait. C’était celle de Taishan avec ses deux réacteurs. Inaugurés en 2018 et 2019. Le réacteur numéro un est le plus puissant du monde, celui qui peut fournir plus d'électricité en un an. Et c’est justement celui-là qui souffre soudain d’une fuite de gaz. C’est la malédiction de l’EPR qui se poursuit.

Nicolas Poincaré