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Pour Nicolas Hulot, cela ne va pas être une partie de plaisir

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La nomination ce mercredi de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique et solidaire est une "bonne nouvelle" pour l'écologiste Pascal Canfin, directeur général du WWF France et ancien ministre de François Hollande. Mais il sait que la tâche sera rude pour le militant écologiste.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, ancien ministre délégué au Développement (de mai 2012 à mars 2014) sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

"C'est une bonne nouvelle parce que Nicolas Hulot va apporter son capital de conviction, de notoriété, et de sympathie auprès des Français. Il va, je l'espère, faire bouger les lignes au sein du gouvernement. Je sais que d'autres ministres sont beaucoup moins convaincus que lui de la nécessité de la transition écologique. Donc il va avoir des batailles à mener. Mais il a le rang protocolaire - le statut de ministre d'Etat, de numéro 3 du gouvernement -, qui va lui permettre de mener ces batailles. Il aura la possibilité d'intervenir sur tous les sujets: ceux de son périmètre – l'énergie, la mer…-, mais aussi ceux en dehors de son périmètre, et c'est sur ceux-là qu'on l'attend.

"Nicolas Hulot joue sa dernière carte"

Cela ne va pas être simple, ni une partie de plaisir. Mais il en est conscient et il y va pour remporter ces batailles. Il a essayé de faire passer ces idées en étant à l'extérieur d'un gouvernement, en parlant à l'oreille des différents présidents de la République, en songeant à se présenter lui-même, et là, la dernière carte qu'il avait à jouer, c'était d'être ministre très bien placé au gouvernement. C'est la proposition que lui a fait Emmanuel Macron.

Son premier grand défi sera que la France maintienne son leadership sur les questions climatiques, qu'elle détient depuis la signature des accords de Paris à l'occasion de la COP21. Surtout qu'on a en face le président américain Donald Trump qui souhaite détruire ces politiques internationales sur le climat. Sa deuxième responsabilité c'est de mettre en œuvre les lois sur la transition énergétique. Et le troisième grand défi, ce seront les Etats généraux de l'alimentation et de l'agriculture qui doivent permettre de redéfinir le pacte entre les Français et les agriculteurs qui les nourrissent, afin que l'on sorte des crises agricoles permanentes.

"On saura vite si ce n'était qu'un coup"

On saura relativement vite, dans les premiers mois, avec les premiers grands arbitrages – sur le budget, la fiscalité, Notre-Dame-des-Landes, sur la loi transition... – si Nicolas Hulot gagne son pari ou pas. S'il s'avérait dans l'esprit d'Emmanuel Macron, que la prise de guerre que constitue la nomination de Nicolas Hulot n'était qu'un coup médiatique, cela lui retomberait dessus. Ce serait le symbole d'une politique à l'ancienne, traditionnelle, qui fait des coups médiatiques mais ne tient pas ses engagements. Les deux hommes y perdraient. C'est pour cela que je pense que les deux hommes se sont longuement parlés ces dernières semaines et qu'ils ont établi un contrat pour que ce pari puisse être gagné."

Propos recueillis par Philippe Gril