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Ma femme et ma fille sont mes assistantes parlementaires et je devrais les mettre au chômage?

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Dans son projet de loi de moralisation de la vie publique, une de ses priorités, Emmanuel Macron veut interdire aux parlementaires d'embaucher un membre de leur famille comme assistant parlementaire. Pour Jean-Pierre Gorges, député-maire (LR) de Chartres, qui emploi sa femme et sa fille, cette mesure est "complètement démagogique".

Jean-Pierre Gorges, député-maire (LR) de Chartres, qui emploie comme collaboratrices sa femme et sa fille, et l'assume parfaitement en expliquant qu'elles sont les mieux placées pour le conseiller. Contraint par le non-cumul des mandats, il n'est pas candidat aux législatives.

"C'est une très mauvaise mesure, et je pense de toute façon qu'elle est anticonstitutionnelle et donc irréalisable. On ne peut pas dire à quelqu'un qui est son propre entrepreneur – puisque le parlementaire est son propre patron – qu'il ne peut embaucher un membre de sa famille. On lui impose d'éviter toute filiation, mais où commence le lien de filiation? Avec le cousin, le petit-fils, la simple connaissance, la maîtresse, l'amant…? Où commence le contrôle? Et puis, si on le fait pour le Parlement, il va falloir le faire dans toutes les collectivités puisque cela existe partout dans la fonction publique. Si Emmanuel Macron commence à mettre le doigt là-dedans, il va être face à une montagne.

"Un parlementaire embauchera la femme ou la compagne de l'autre"

Vous voulez que je vous dise comment ça va se passer? Hé bien un parlementaire va embaucher la femme ou la compagne de l'autre. C'est complètement démagogique! Il faut simplement faire ce que l'on fait dans toutes les sociétés, à savoir condamner l'emploi fictif: si vous avez un emploi fictif vous êtes condamné. Ça existe déjà, pas besoin de nouvelles mesures. Il faut juste faire en sorte que les collaborateurs justifient leur activité, c'est tout. C'est ce que n'a pas su faire François Fillon et que moi j'ai démontré.

Et puis il faut savoir ce que c'est que d'être parlementaire. Ce n'est pas être un simple salarié dans une entreprise, c'est du 24h/24, avec des impératifs de confidentialité, et moi j'ai trouvé un avantage énorme à travailler avec mes proches.

Je connais une multitude de collègues parlementaires qui travaillent avec leur épouses parce que c'est pratique. Si vous avez un collaborateur qui travaille de 9h à 17h avec une pause le midi, c'est incompatible avec la vie de députés ou de sénateurs. Alors que nos proches, ils font ça 7j/7, ce qui est un gros avantage. On va être obligé de mettre des proches au chômage.

"Il y en a un qui fait une bêtise, donc tout le monde est coupable?"

Nous sommes victimes de l'affaire Fillon et de l'affaire Cahuzac. Maintenant, tout le monde a droit à des contrôles sans fin: on vient encore de me demander des estimations sur un bien, il faut des tas de papiers de notaires, se justifier… Il y en a un qui fait une bêtise, donc tout le monde est coupable? C'est une très mauvaise mesure, et si pour Emmanuel Macron c'est ça l'urgence, alors je suis inquiet pour la France, parce qu'il y a selon moi d'autres choses à régler d'abord."

Propos recueillis par Philippe Gril