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"Ça commence par des choses futiles puis ça devient compliqué de remplir le frigo": la pauvreté a-t-elle vraiment stagné comme l'assure l'Insee?

L'Insee l'assure: la crise sanitaire et la crise économique n'ont pas eu d'impact sur la pauvreté en France. Pourtant, les associations alertent sur l'explosion de la précarité notamment chez les étudiants.

Les fins de mois difficiles, Boris n'avait jamais vraiment connu, mais au fur et à mesure de la crise sanitaire, il a dû apprendre à faire des sacrifices: "Au début, c'est sur des choses futiles. Beaucoup moins de sortie, moins de Macdo ou de pizza le soir, on se contente de ce qu'il y a dans le frigo. Et puis au bout d'un moment ça devient compliqué pour remplir le frigo. On mange moins de viande, moins de fromage et essentiellement des pâtes.

À 35 ans, il a perdu son emploi et du faire une reconversion: "Même aujourd'hui avec un job alimentaire je remonte doucement la pente mais la joie de vivre est moindre, l'épanouissement est moindre et même les sorties occasionnelles sont moindres".

"Après mes factures, il me reste 20 euros pour vivre la fin du mois ; j'ai vendu ma voiture, je n'achète plus de bœuf, le gaz n'est pas encore ouvert, on me paye mes vêtements. Sans mes enfants je serais déjà SDF", témoigne de son côté Elizabeth.

Pourtant l'Insee l'assure: il n'y avait pas plus de pauvres en 2020 qu'en 2019 et cela malgré les crises sanitaires et économique qui ont touché la France. Dans une enquête publiée mercredi, l'institut recense tout de même 9,3 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France, soit 14,6% de la population qui gagne moins de 1002 euros par mois.

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"Les mesures de protection sociale ont permis de limiter la casse"

Louise elle, a bien failli être dans le même cas que Boris, heureusement elle a profité des aides de l'Etat: "Je suis dans une petite entreprise et sans chômage partiel, on coulait c'est certain. J'aurai perdu mon boulot et on a vraiment eu peur pour l'entreprise".

Des aides qui ont permis à 400.000 personnes d'échapper à la pauvreté toujours d'après l'Insee. Mais ces chiffres sont à nuancer tempère Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre: "Cela a sans doute évité de faire tomber sous le seuil de pauvreté des personnes mais pas forcément d'empêcher des pauvres de devenir plus pauvres que ce qu'ils n'étaient déjà. On le voit parce qu'il y a eu une augmentation des demandes alimentaires et que des étudiants et des jeunes précaires sont en grande difficulté". Il met en garde sur les conséquences de l'arrêt des aides pour les personnes les plus fragiles. Et la précarité pourrait encore augmenter d'après lui. 

Même son de cloche pour Patrick Doutreligne, président de l'Uniopss, un réseau d'associations de solidarité: "Malheureusement, cela ne va pas bien. Les mesures de protection sociale ont permis de limiter la casse, mais il y a davantage de pauvres et beaucoup de jeunes et d'emplois précaires ont basculé dans la pauvreté", explique-t-il sur RMC ce jeudi. "La 'masse' a peu bougé, mais il y a un décalage avec la situation actuelle, et toute une catégorie de gens est oubliée", ajoute Patrick Doutreligne qui assure que 30 à 40% des bénéficiaires ne vont pas chercher les aides auxquelles ils ont droit de peur d'être stigmatisés.

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Garance Munoz, Aymeric Dantreuille et Alexis Vergereau (avec G.D.)