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3.000 euros pour les profs en éducation prioritaire: "On ne suscite pas de vocation avec une prime"

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Ce lundi dans une interview au Parisien, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé une prime de 3.000 euros pour les enseignants en REP+, en zone d'éducation prioritaire, qui sera "déployée en 2018". Pour Sébastien Riberprey, enseignant dans un collège REP+ à Béziers, cette prime n'est pas à la hauteur.

Sébastien Riberprey est professeur d'histoire géographie dans un collège REP+ à Béziers et fait partie du syndicat Snes-Fsu (premier syndicat des enseignements de second degré):

"La REP+ ce n'est pas un choix premier. J'y suis depuis 2010 et j'y suis bien. Je ne suis pas là pour la prime, ce n'est pas ma motivation. Ma motivation, c'est que je trouve du sens au travail que je fais avec les élèves et les familles.

Je ne suis pas spécialiste de la question et des méandres de ce dispositif. proposé par le ministre. Mais il faut savoir qu'il y a déjà une indemnité pour les enseignants dans les réseaux d'éducation prioritaire. Il faudrait savoir si ça vient en plus ou en complément de la prime existante. Si ça vient en complément, cela ferait peu de différence avec ce que l'on a actuellement, 2.300 euros par an à peu près. Si ça vient en plus, bien sûr cela va dans le bon sens, mais on a quand même le sentiment qu'il y a un décalage entre les annonces qui ont été faites l'an dernier et le fait de nous dire d'attendre un peu.

"En REP+, c'est plus dense"

Ce ne sont pas tant les primes qui nous intéressent qu'une vraie revalorisation salariale. Certes, c'est important qu'il y ait une reconnaissance du travail au sein de l'éducation prioritaire. C'est vrai qu'il y a une charge de travail qui est différente, qui nécessite un suivi des élèves et une communication avec les élèves plus importants, ainsi que des rendez-vous plus nombreux. C'est aussi beaucoup plus prenant en terme de temps et d'investissement dans l'établissement. C'est plus dense, donc cette reconnaissance par l'indemnité est intéressante. Mais ce serait plus mieux d'avoir des revalorisations salariales qui ne soient pas que de l'ordre de la prime. La prime n'est pas une fin en soi. 

"C'est comme un contrefeu"

Je pense que cette prime est reportée (à 2018) parce que ce n'est pas très précis. Je pense aussi que c'est un contre-feu car au-delà de la prime, nous avons d'autres revendications. Comme la reconnaissance de la charge de travail. Par exemple, si le dispositif 'devoirs faits' de M. Blanquer (une aide aux devoirs) doit devenir une priorité nationale, pourquoi ne donne-t-on pas des heures dans les dotations de fonctionnement par le biais de ce dispositif? C'est comme si on ne faisait que 18 heures de travail. Mais le travail d'un enseignant va au-delà du temps passé devant la classe.

Bien sûr que si j'ai une prime je vais la prendre. Et si mon salaire augmente, je vais être content. Mais je trouve aussi que derrière cette prime, on masque des difficultés et on ne reconnaît pas la difficulté des conditions de travail sur le terrain. Donnons-nous de réels moyens d'avoir du personnel dans l'établissement pour accueillir et accompagner les élèves. Ça nécessite une présence humaine plus importante.

Les primes ne sont pas à la hauteur des engagements pris. Je ne pense pas que l'on suscite de vocation avec une prime, c'est par les conditions d'exercice de notre métier: maintenir des effectifs de 25 élèves, permettre le dédoublement permettre une prise en charge des difficultés".

Propos recueillis par Paulina Benavente