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Baisse des APL à la rentrée: "Pour certains, 5 euros, ça représente plusieurs jours de nourriture"

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Emmanuel Macron, dans un entretien au Point, n'exclut pas de raboter à nouveau les aides au logement (APL), déjà diminuées de 5 euros cet été. En parallèle, près de 29% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté. Etudiant à Montpellier, Thomas évoque sur RMC.fr les "effets pervers" de telles mesures, tandis que certains syndicats manifestent ce 31 août à Paris.

Thomas, 24 ans, milite à Solidaires étudiant-e-s et étudie la géographie à l'université de Montpellier. Il s'oppose à toute baisse des APL. 

"Je vis seul dans un studio, de 20m2 à Montpellier, ville où le logement est assez cher : 450 euros par mois, charges incluses sauf électricité. Avec la baisse de 5 euros, le montant de mes APL, qui était de 90 euros, passe à 85 euros. 

Disons que, dans mon cas, cette baisse de 5 euros signifie rogner sur des dépenses qu'on pourrait juger superflues: une sortie au cinéma, un verre avec des amis... J'en ferai de moins en moins. Malheureusement, de plus en plus, on prend sur nos temps de loisir, nos moments en société, qui sont loin d'être superflus. Ca m'affecte parce que je considère les loisirs et la sociabilité comme quelque chose d'important.

"On oriente beaucoup d'étudiants vers les assistantes sociales"

Mais je suis chanceux par rapport à d'autres étudiants que je connais. Certains grignotent sur leur budget santé, leur budget nourriture. J'en vois beaucoup autour de moi. De mon expérience de syndicaliste étudiant, j'en connais beaucoup qui ont des galères d'argent. On les oriente d'ores et déjà vers les assistantes sociales du Crous, parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour se nourrir.

"Par exemple, on a eu un étudiant pour qui, en gros, les repas, c'était une pomme par jour. Pour dire à quel point on peut rencontrer des cas de précarité."

Mais encore une fois, on nous fait croire qu'il faut une cure d'austérité, parce qu'il y a la crise. On ronge les APL, on touche les catégories de la population qui en ont le plus besoin. Alors que, dans le même temps, on baisse les impôts sur les sociétés.

"Les politiques ont perdu le sens des réalités et de l'argent"

Les quelques politiques qui minimisent les choses, au prétexte que ce n'est "que" 5 euros, qu'ils se mettent à la place des étudiants précaires et qu'ils essaient de vivre quelques jours avec leur niveau de finances. Pour eux, 5 euros, ce n'est rien, parce qu'ils ont perdu le sens des réalités et de l'argent. Il y a des étudiants pour qui, 5 euros, ça peut représenter plusieurs jours de nourriture.

Les loyers se calent sur les APL de manière perverse. Jusqu'ici, ils ont augmenté proportionnellement. De sorte qu'ils ne font que transiter par le locataire pour aller dans la poche du propriétaire. Mais à présent qu'on supprime les APL de manière directe, on n'a aucune garantie que les loyers diminuent. Parce que les propriétaires ne les baisseront jamais comme ça. C'est pourquoi il faut encadrer et réguler les hausses loyer. "

Propos recueillis par Paul Conge