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Blanquer veut relancer la musique à l'école: "Dans la pratique, cela va  être problématique"

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- - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Dans un entretien au Parisien publié ce jeudi, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer dévoile les aménagements que le gouvernement compte mettre en place dès la prochaine rentrée. Il fait notamment part de son intention de développer l'apprentissage de la musique dont il juge la place "insuffisante". Une bonne nouvelle pour Frédéric Maizières, maître de conférences en musicologie.

Frédéric Maizières, maître de conférence en musicologie à l'ESPE (Ecole supérieure de professorat et de l'éducation) de Toulouse:

"J'avais lu que le président Macron avait une pratique instrumentale et qu'il était sensible à la question de l'éducation musicale. Je suis donc moyennement surpris par l'annonce de Jean-Michel Blanquer et je pense que c'est une bonne chose de développer l'apprentissage de la musique. C'est positif parce qu'il ne faut pas remettre en cause l'éducation artistique dans le développement de l'enfant. En effet, l'éducation artistique, et musicale en particulier, permet de développer des savoir-faire qui mobilisent à la fois l'oreille, la voix, le corps mais aussi l'esprit.

"Des enjeux esthétiques, sociaux et psychologiques"

L'enseignement de la musique a aussi des enjeux esthétiques et culturels puisque cela permet de confronter l'élève à des répertoires divers et variés. Ainsi, l'élève ne se limitera pas à son écoute personnelle et pourra peut-être un peu mieux connaître le monde à travers les différentes musiques et productions musicales qui peuvent le caractériser.

Cela a aussi des enjeux sociaux car la pratique de la musique en groupe permet à l'élève d'être en relation avec les autres, en relation avec le corps mais aussi avec l'oreille et la pensée. Cela permet de participer à une construction, un projet collectif. Cela permet donc de s'affirmer dans un groupe. Tous ces apprentissages-là sont liés à l'éducation musicale et à la pratique de la musique.

"Ces intentions ne sont pas nouvelles mais la mise en œuvre s'avère problématique"

Il y a aussi des enjeux psychologiques: cela permet d'apprendre à gérer ses émotions, sa timidité. On apprend à s'exposer, à se mettre en danger, à s'exposer face à un public. Je ne suis donc pas surpris que tous ces enjeux soient mis au cœur des préoccupations de l'Education nationale, notamment à l'école primaire. Pour autant, ces intentions ne sont pas nouvelles. Elles avaient notamment été réaffirmées, en 2013, avec la mise en place du parcours d'éducation artistique et culturelle. Mais, plus généralement, de telles intentions ont jalonné tous les programmes et presque tous les gouvernements. C'est en réalité la mise en œuvre qui s'avère plus problématique. 

En effet, en école primaire, on est face à des enseignants généralistes qui sont censés enseigner toutes les disciplines avec un minimum de connaissance dans chacune d'entre elles. Que l'on enseigne l'histoire, les sciences, les maths ou l'éducation musicale, il faut quand même avoir quelques connaissances pour pouvoir transmettre aux élèves et les amener à développer des savoir-faire. Ça n'est donc pas facile. Les enseignants n'ont pas toujours une formation adaptée à ce que l'on attend d'eux. Toutefois, j'insiste, je trouve que l'idée de développer des pratiques autour de la musique est une très bonne chose. Cela répond à un besoin social qui ne date pas d'aujourd'hui. On a toujours pratiqué la musique, dans toutes les sociétés on pratique la musique".

Propos recueillis par Maxime Ricard