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Changement climatique: êtes-vous "éco-anxieux", ce phénomène qui touche de plus en plus les jeunes Français?

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Une étude mondiale révèle l’ampleur de l’anxiété des jeunes face aux changements climatiques.

On parle de plus en plus d'"éco-anxiété". De quoi s’agit-il? C'est la peur d’une possible catastrophe écologique à venir. Le mot est apparu il y a quelques années: le phénomène est mondial, mais ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est son ampleur chez les jeunes.

La plus vaste étude jamais réalisée a été publiée mardi par "The Lancet". 10.000 jeunes ont été interrogés dans une dizaine de pays dont la France, les Etats-Unis ou l'Inde.

Et voici les chiffres stupéfiants que révèle cette étude:

  • 75% des jeunes estiment que "le futur est inquiétant". 
  • 56% jugent tout simplement que "l’humanité est condamnée". 
  • 39% par conséquent hésitent à avoir des enfants. 
  • Et majoritairement, ces jeunes se disent "apeurés", "tristes", "anxieux", "en colère", "impuissants", "sans défense" et même "coupables". C’est assez désespérant.
  • Il n’y a que 30% des jeunes pour se dire "peu inquiet" ou "optimiste". 

Et encore, ce sondage géant a été réalisé avant les dernières catastrophes climatiques de l’été, que sont les inondations en Allemagne et en Chine, les incendies à l’est de la Méditerranée, en Californie et en Sibérie. Sans oublier beaucoup d’autres phénomènes locaux comme les terribles orages de mardi dans le Gard. Autant d'événements qui contribuent à renforcer l’éco-anxiété.

Est-ce que ces chiffres sont vraiment une surprise?

On avait déjà une multitude de sondages et d'études qui nous disaient que les jeunes étaient très sensibles aux questions climatiques, mais on n’avait pas mesuré l’ampleur de l'anxiété.

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La principale auteure de l’étude, une psychologue anglaise qui s’appelle Caroline Hickman résume les choses ainsi: "On savait que l’éco-anxiété progresse parmi les jeunes, mais on ne se doutait pas de l'étendue de la souffrance psychologique et la profondeur du mal-être"

Qu'est-ce que la "Solastalgie"?

Oui, mais attention, tous ceux qui sont inquiets pour l’avenir ne sont pas “malades” pour autant. Quand on lit le dernier rapport du Giec publié cet été, rapport très alarmiste, on se dit même que les jeunes ont des raisons objectives d'être "inquiets" et "anxieux". Les 75% de jeunes qui sont effrayés par les changements climatiques ne sont pas 75% à souffrir d’une pathologie.

Mais l’étude du Lancet évoque une crise de santé publique qui se dessine. Le niveau de souffrance psychique et de stress chronique aura forcément des effets négatifs sur la santé des enfants et des adolescents. Quand on perd confiance en l'avenir, on est plus sujet à la dépression.

Cette maladie a un nom savant. On parle de la Solastalgie. "Solace", c’est le refuge, "algie", la douleur. C’est donc la maladie de la douleur de perdre son refuge. Ou, en l’occurrence, la planète. C’est un philosophe australien qui avait inventé ce terme, il y a 20 ans, après avoir étudié les habitants d’une vallée qui avait été ravagée par l’industrie minière. Ils avaient perdu leur habitat, leur cadre de vie et souffraient de dépression.

Une enquête récente de la revue Sciences et Avenir souligne l’augmentation des troubles liés à cette peur du changement climatique chez les jeunes, tels que des troubles du sommeil, du comportement alimentaire, une plus grande fréquence des conflits familiaux, des adolescents qui s'opposent systématiquement à leurs parents sur les questions du tri sélectif, de l'alimentation bio, de l’utilisation de l’avion... 

"Ado-Greta"

Le pédopsychiatre Stephane Clerget utilise ce terme d'"ado-Greta". Et c’est vrai qu’on comprend mieux soudain le succès mondial de Greta Thumberg auprès des jeunes, l’activiste suédoise qui avait inventé la "grève de l’école". 

Elle est à la fois malade, elle souffre d’une forme d’autisme, mais elle est surtout désespérément inquiète et en colère contre les adultes impuissants. Elle est, en fait, comme la majorité des jeunes dans le monde.

Nicolas Poincaré