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"Il faut que tu m'envoies une photo de tes seins": le fléau du "revenge porn" chez les jeunes

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Une adolescente de 14 ans est morte battue et jetée dans la Seine lundi dans le Val-d'Oise. Elle souffrait de cyber-harcèlement sur fond de "revenge porn".

Un drame sur fond de jalousie et de harcèlement scolaire. L'incompréhension et la tristesse dominent toujours à Argenteuil dans le Val-d'Oise après la mort dramatique d'une adolescente de 14 ans lundi soir.

Cette jeune fille a été battue et jetée dans la Seine, où elle a été retrouvée morte. Un adolescent et sa petite amie de 15 ans scolarisés dans le même établissement que la victime ont été interpellés et placés en garde à vue.

D'après les premiers éléments de l'enquête les tensions étaient vives entre les 3 collégiens autour d'une rivalité amoureuse et de la publication de photos intimes de la jeune victime sur les réseaux sociaux.

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60 % des jeunes femmes âgées de 15 à 25 ans ont été victime de cyber-harcèlement

La jeune fille était victime depuis quelques semaines de cyber-harcèlement. Selon plusieurs témoignages d'élèves, des photos intimes d'elle diffusées par ces meurtriers présumés, circulaient sur Snapchat, réseau social prisé par les jeunes. Des élèves de l'établissement parlent également d'insultes sur Internet à l'encontre de la jeune victime.

Une situation qui est malheureusement courante. Aujourd'hui près de 60 % des jeunes femmes âgées de 15 à 25 ans ont été victime de cyber-harcèlement et 39 % d’entre elles déclarent avoir été menacées de violences sexuelle en ligne selon une étude de Plan International.

Notamment avec la diffusion de photos intimes, souvent par un ancien compagnon. Un phénomène qualifié de "revenge porn" (vengeance par le porno).

"Il faut que tu m'envoies une photo de tes seins"

Nous avons rencontré Aliya, 19 ans, victime de "revenge porn" lorsqu'elle était au collège et lycée. Elle avait 14 ans lorsqu'elle est tombée amoureuse d'un garçon de 16 ans sur un jeu vidéo en ligne.

"Il m'a demandé une preuve d'amour. 'Il faut que tu m'envoies une photo de tes seins', il me disait et que si je ne faisais rien il me quittait. Et pour moi ce n'était pas possible."

Photos, vidéos, scènes érotiques... Aliya s'exécute avec gêne, elle ne veut pas perdre son amoureux. Deux semaines plus tard, il diffuse le contenu sur le réseau Snapchat en se moquant d'Aliya.

"Au collège, au lycée, des personnes que je ne connaissais même pas venaient me critiquer ou m'envoyer sur les réseaux sociaux: 'Aliya t'es chaude alors?'
Je me disais tiens je peux me mettre dans le coma, c'est plus simple que mourir et je ressortirais un jour peut-être quand tout ça sera terminé."

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Deux ans de prison et 60.000 euros d'amende

Aujourd'hui elle milite dans les écoles sur les dangers du cyber-harcèlement.

"Qu'ils se rendent compte de tout le mal qu'on peut faire juste en disant: 'T'es une pute'. Parce que pour eux ce n'est rien aujourd'hui."

Au delà de la prévention, les associations de victimes demandent d'avantage de condamnations. Elisa Salfati est membre de "Stop fisha".

"Quand on va porter plainte deux trois mois après la plainte est classée faute de preuve. La Justice n'est pas compétente."

Plus de formation des policiers, mais aussi qu'il y ait des sanctions exemplaires à l'égard des cyber-harceleurs. Le cyber-harceleur d'Aliya n'a jamais été retrouvé malgré toutes les preuves que la jeune fille a apporté à la police.

Au niveau de la loi, les auteurs de "revenge porn" encourent deux ans de prison et 60.000 euros d'amende.

Romain Poisot (avec J.A.)