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"Il y a une forme de lâcheté": l'Education nationale soutient-elle suffisamment ses enseignants face aux parents d'élèves?

L'Education nationale protège-t-elle assez les professeurs face à certains parents d'élèves ? pas si sûr estiment certains enseignants qui évoquent un abandon et un manque de courage de la part de leur hiérarchie.

La mort de Samuel Paty, assassiné après avoir montré des caricatures lors d’un cours sur la liberté d’expression, relance le débat sur la relation entre l’éducation nationale et les professeurs, qui accusent parfois leur hiérarchie dénonçant l'abandon dont ils s'estiment victime. Pour Sophie Mazet, professeur d’anglais en Seine-Saint-Denis, auteure de "Autodéfense intellectuelle, le retour", les enseignants sont bien souvent seul face à des situations comme des menaces ou des violences, liées ou non à des questions de laïcité.

"Toutes les personnes dans les établissements scolaires au contact des élèves, les CPE et les directeur d’établissements, se sentent lâchées par le rectorat quand ces choses arrivent", explique-t-elle ce mercredi sur RMC. "On nous fait comprendre qu’il n’y aura pas de vague et de soutien", dans de telles situations ajoute-t-elle.

"Sur des questions de laïcité, nous avons déjà reçu des menaces il y a une dizaine d’années de la part d’islamistes qui avaient manipulé des élèves. Ceux-ci nous soutenaient dans leur grande majorité mais le rectorat nous a abandonnés. On a appelé au secours, l’éducation nationale envoyé une équipe mobile de sécurité qui a apaisé le climat dans l’établissement mais n’a rien fait sur le problème de fond. À partir du moment où le climat était techniquement moins dangereux pour nous, le problème restait le même après. Et plus rien n’a été fait depuis. Il y a eu une forme de lâcheté", déplore Sophie Mazet.

"Il y a des pressions de la société sur les enseignants, et il faut qu’on ait une protection de la part de notre administration", réclamait dès dimanche sur RMC Benoit Test, le secrétaire général du syndicat SNES FSU, le syndicat national des enseignements de second degré.

"On a de grands discours sur la laïcité alors qu’on peut faire appliquer la loi tout de suite"

Mais même le drame de Conflans-Sainte-Honorine ne devrait pas permettre de faire bouger les choses craint la professeur d'anglais qui craint l'arrivée d'un "nouvel appareil législatif sécuritaire totalement inutile que l'on va voter dans une attitude va-t-en-guerre", déplorant une réponse inadaptée. Sophie Mazet estime d'ailleurs que l'appareil législatif concernant les questions de liberté d'expression et de laïcité est suffisant, à condition d'être appliqué: "La loi sur les signes religieux à l’école par exemple suffit largement. Nul besoin d’en rajouter, cela montrerait une obsession pour l’islam comme sur la question des mères voilées qui accompagnent les enfants".

"On a de grands discours sur la laïcité alors qu’on peut faire appliquer la loi tout de suite. Les parents par exemple acceptent très bien ces lois, ils savent que ce n’est pas contre eux, mais ajouter de nouvelles lois serait faire preuve d’une obsession", ajoute-t-elle.

Après le cours de Samuel Paty sur la liberté d'expression, un parent d'élève s'était présenté devant le collège accompagné d'Abdelkhakim Serfaoui pour discuter avec la direction. Le ton était monté et la discussion n'avait abouti à rien. Le parent d'élève avait ensuite porté plainte contre l'enseignant pour diffusion d'images pédo-pornographique tout en continuant à diffuser des vidéos sur les réseaux sociaux racontant l'affaire selon son point de vue et donnant même son numéro de téléphone. Et selon BFMTV, il avait ainsi pu être contacté par l'assaillant et avait échangé à trois reprises avec celui-ci, juste avant qu'il ne tue Samuel Paty le vendredi 16 octobre. 

Guillaume Dussourt