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Mixité scolaire: "pourquoi, à un certain âge, devient-il dangereux que certains gamins se côtoient?"

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- - AFP (illustration)

Le Conseil de Paris doit valider un projet d’expérimentation visant à modifier la carte scolaire dans le 18e arrondissement et à soutenir la mixité scolaire. Ce projet suscite les critiques de certains parents d’élève. A tort, selon Denis Gautreau, co-fondateur du Collectif apprendre ensemble, une association de parents d’élèves du 18e pas concernés par la réforme, mais qui défend la mixité dans les écoles.

Denis Gautreau, co-fondateur du Collectif apprendre ensemble.

"Notre association s’est fondée avec quelques parents élèves du 18e. Au début, c’était plutôt une bande d’amis qui avaient ses enfants dans les mêmes établissements. Un constat nous avait sidéré, celui des stratégies d’évitement de certains établissements mises en place par certains parents. Avec des critères qui nous échappaient, mais qui étaient surtout basés sur des peurs plus ou moins fondées.

Beaucoup de parents faisaient de très gros efforts pour que leurs enfants ne se retrouvent pas dans les établissements scolaires de leur quartier, où allaient les nôtres. Des enfants qui étaient ensemble depuis la crèche, puis la maternelle et la primaire. Pourquoi à un certain âge devenait-il dangereux que certains gamins se côtoient? Alors que c’est le cas depuis toujours, dehors, dans les parcs, au foot, etc…

"Les craintes étaient fondées sur des rumeurs"

Cela nous semblait aberrant, d’autant plus que ces craintes étaient fondées sur des rumeurs qui venaient du bac à sable ou d’un comptoir de café. Ça tourne toujours autour de deux grands thèmes: la sécurité et les résultats scolaires. Moi mes gamins n’ont jamais eu le moindre problème lié à la violence. On entend des choses comme ‘agression sexuelle’ ou ‘violence organisée’. Pour des gamins entre 6 et 10 ans maximum. Quand on cherche la source de cette rumeur, elle se perd dans les sables.

Par contre, dès qu’on parlait d’un établissement scolaire supposé moins favorisé, forcément les rumeurs étaient vraies. Mais quand on cherche les vraies informations, elles ne sont pas difficiles à obtenir. Et ça se dégonfle très facilement. A certains qui avaient pris la décision de mettre leur enfant dans le privé, ou qui mettaient en place des tactiques d’évitement avec de fausses adresses, on disait en rigolant qu’ils consacraient plus de temps à choisir une voiture ou un téléphone qu’à chercher de véritables informations sur l’école de leurs enfants.

"Cela soulève des passions plus ou moins rationnelles"

Pour les parents effrayés, c’est très amusant et rassurant à voir, ils se sont appropriés l’école. Pour une bonne partie de ces gens-là, c’est devenu la meilleure école du monde. Et ensuite, cela donne des parents qui s’impliquent dans la vie de l’établissement, qui réagissent quand il y a un problème. C’est moins consommateur et plus citoyen comme attitude.

Dans ce projet de rapprochement d’établissements, si ça n’avait dépendu que de nous, il y en aurait bien plus que quatre. On a essayé de discuter avec certains parents concernés, mais ce n’est pas évident, parce que ça soulève des passions plus ou moins rationnelles. Mais pour nous, on ne parle même pas de mixité, juste d’arrêter de séparer nos enfants. J’ai grandi en banlieue, il n’y avait qu’un seul collège et tout le monde y allait, point barre.

Il y a des résistances chez certains des parents des collèges concernés. Pas de tous. Ils voient la mixité comme une espèce de projet énorme et difficile à créer. Nous, on est un peu embêté, parce que c’est quelque chose qu’on vit au quotidien. On parle de nos voisins, nos amis. Des amis de nos enfants. On ne les voit pas comme différents. Ce n’est pas un effort de vivre avec eux. Ils font partie de nos vies. Tout bêtement".

Propos recueillis par Antoine Maes