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Carte scolaire: "Je veux bien mélanger tout le monde mais pas au dépend de l'avenir de mes enfants"

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TEMOIGNAGES - Une vingtaine de départements, volontaires, expérimenteront dès la rentrée 2016 de nouveaux outils afin d'améliorer la mixité sociale dans leurs collèges et tenter de mélanger les enfants favorisés et ceux qui le sont moins. Qu'en pensent les parents d'élèves? Réactions à la sortie d'une école du 18ème arrondissement de Paris.

Favoriser la mixité sociale dans les collèges, c'est ce que souhaite le ministère de l'Education Nationale. Actuellement un collégien sur dix étudie dans un établissement sans mixité, où plus de 63 % des élèves sont des enfants très défavorisés, fils et filles d'ouvriers, de chômeurs ou d'inactifs. C'est pourquoi Najat Vallaud-Belkacem va annoncer ce mardi son plan de réforme de la carte scolaire. En clair, une vingtaine de départements, volontaires, expérimenteront dès la rentrée 2016 de nouveaux outils pour tenter de mélanger les enfants favorisés et ceux qui le sont moins. Mais qu'en pensent les parents d'élèves?

A la sortie d'une école du 18ème arrondissement de Paris, ceux-ci se disent favorables à plus de mixité scolaire… mais pas pour leurs enfants. En effet, hors de question d'envoyer leurs enfants dans des collèges de secteurs réputés difficiles. Et les explications sont diverses et variées. "Personne n'a envie de laisser son enfant dans une zone de non-droit, explique ce père de famille. User de moyens illégaux pour le faire, cela ne me paraît pas louable. Mais souvent on n'a pas le choix".

"On veut toujours le meilleur pour ses enfants"

Une autre envisage de "faire jouer les relations" mais elle "n'a pas envie de tricher non plus. Si tout le monde joue le jeu, je joue le jeu. Mais si personne ne joue le jeu, je ne joue pas le jeu non plus". D'autres assurent même être prêts "à fournir de fausses adresses". Si Safia, mère de Manel, 10 ans, dit "être pour la mixité", elle nuance toutefois: "On veut toujours le meilleur pour ses enfants donc ce n'est pas normal qu'on nous oblige à mettre nos enfants là où ce n'est pas au top. Je veux bien mélanger tout le monde mais pas au dépend de l'avenir de mes enfants".

Enfin, certains sont allés jusqu'à faire le choix du privé. C'est le cas de Michèle, mère de la petite Lucie, 8 ans. Plutôt que de laisser sa fille dans une école primaire publique de Saint-Ouen, elle préfère payer 2.000 euros par an pour un établissement privé. "C'était n'importe quoi dans les classes, justifie-t-elle. Il y avait de nombreux vols. J'ai dû acheter 50 tubes de colle en une année, plus de 20 crayons à papier parce qu'elle se faisait voler ses affaires. Ce n'est pas possible. Et d'avoir la police à la sortie de l'école, les dealers sur les marches des escaliers… A un moment on dit stop ! Il y a des limites à la mixité".

"Arrêtons d'avoir peur"

Respecter la carte scolaire pour favoriser la mixité, c'est en revanche le combat de Sylvaine. Avec d'autres parents du 18ème arrondissement de la capitale, elle a créé le collectif "Apprendre ensemble", pour le respect de la carte scolaire. Et pour donner l'exemple, l'an prochain, son fils ira donc en 6ème au collège Utrillo, malgré sa mauvaise réputation.

"C'est la loi que d'aller dans son établissement de secteur, quel que soit le niveau, explique-t-elle. Dans le quartier où l'on vit, les populations sont mélangées et cela se passe bien donc je ne vois pas pourquoi cela se passerait mal au collège. Je ne me fais donc pas de souci pour mon fils". En outre, elle estime que "quand il y a une mixité, les meilleurs tirent ceux qui sont en difficulté vers le haut. Et quand on est bon élève, on reste bon élève quel que soit l'établissement. On ne redescend pas de niveau. Donc arrêtons d'avoir peur et faisons le pari".

Maxime Ricard avec Aurélia Manoli