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INFO RMC - Mixité sociale: les promesses gouvernementales loin d'être tenues

Un an après l'annonce d'un plan gouvernemental pour la mixité sociale dans les collèges, sur les 21 départements censés débuter des expérimentations en cette rentrée 2016, seuls 10 se sont vraiment lancés. Et sur le terrain, très peu d'établissements jouent le jeu.

En novembre 2015, il y a presque un an donc, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, de s'attaquer au problème de la mixité sociale au collège. "Oui, nous voulons plus de mixité sociale dans les collèges de France, déclarait-elle. Ce que nous allons faire, c'est tester une autre voie. Nous voulons d'abord l'expérimenter dans 17 départements pilotes, dès la rentrée 2016". Finalement le gouvernement annonce que ce seront même 21 départements qui mettront en place à la rentrée des mesures pour mieux mélanger les élèves défavorisés avec les élèves issus de milieux aisés. Sauf que ce n’est pas le cas…

En effet, après enquête, selon nos informations, sur les 21 départements censés débuter ces expérimentations en cette rentrée 2016, seuls 10 se sont vraiment lancés comme l'admet le ministère de l'Education nationale qui cite en exemple la Seine-Saint-Denis et la ville de Noisy-le-Grand. Pourtant sur place, l'expérimentation n'est pas lancée car la ville et les parents ont bloqué le projet. "Les parents ont besoin d'être informés et qu'on leur demande leur avis, ce qui n'a pas été le cas", justifie Brigitte Marsigny, maire Les Républicains de la ville.

"Rassurer les parents"

"C'est la raison pour laquelle cela ne marche pas chez nous. Mais ça ne marche pas ailleurs non plus, poursuit-elle. On s'aperçoit d'ailleurs que Najat Vallaud-Belkacem revient en arrière par rapport à cette idée". Rodrigo Arenas, président de la FCPE, la Fédération des parents d'élèves, de la Seine-Saint-Denis, explique que dans ce département, il est compliqué de mettre en place ce plan anti ségrégation, notamment du fait de la réticence de certains parents.

"Certains parents résistent parce qu'ils ont peur. Soit ils ont peur pour la sécurité de leur enfant, soit ils considèrent que ces collèges-là ne vont pas permettre à leurs enfants d'avoir une offre pédagogique qui leur donne un avenir, avance-t-il. Ils ont projeté de mettre leurs enfants dans des collèges qui ont bonne réputation donc on peut comprendre leur réticence mais, pour autant, ça ne veut pas dire qu'ils ont raison. Il faut les rassurer".

"Il faut une vraie mobilisation politique"

"Contrairement à ce que dit la ministre, il faut avoir le courage d'imposer cette mixité quand elle n'est pas désirée, notamment par les politiques qui ne veulent pas s'affronter aux parents, donc à la population et éventuellement leurs futurs électeurs", souligne-t-il encore. Autre exemple: en Meurthe-et-Moselle, si l'expérimentation a été adoptée, elle ne concerne qu'une vingtaine de familles. Dès lors, pour François Jarraud, spécialiste de l’éducation, le gouvernement ne se donne pas les moyens de faire de la mixité sociale.

"C'est quand même le problème numéro un de l'école française. Il ne faut pas se leurrer. Il faut donc une vraie mobilisation politique, beaucoup plus forte, avec un appui de l'Etat beaucoup plus important pour que cela puisse fonctionner", assure-t-il. Aujourd'hui à Paris, dans les collèges les plus huppés, il y a moins de 1% d'élèves défavorisés. A l'autre extrême, certains collèges en compte plus de 60%.

En quoi consiste le plan gouvernemental?

Alors qu'aujourd'hui un enfant est affecté dans un collège en fonction de son lieu de résidence mais que de nombreux parents contournent la carte scolaire, parmi les mesures prévues par ce plan, les départements devront affecter plusieurs collèges à un secteur. Les familles pourront classer par ordre de préférence les établissements et l'Etat répartira les élèves dans tel ou tel établissement en fonction de critères décidés avec le département, en associant les parents.

La mixité sociale voulue par le gouvernement est donc une mesure qui doit permettre de placer un jeune issue d'un milieu aisé vers un collège dont les élèves sont défavorisés et inversement. La famille a le choix d'un secteur géographique et l'administration peut affecter l'élève dans un des deux (généralement) collèges concernés de façon à équilibrer leur composition sociale.

M.R avec A. Perrin et A. Manoli