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Yves, papa à 60 ans: "bien sûr que je me suis dit que j'étais trop vieux"

Selon l'Insee, 1.576 enfants sont nés d'un père âgé de plus de 60 ans, en 2015.

Selon l'Insee, 1.576 enfants sont nés d'un père âgé de plus de 60 ans, en 2015. - AFP

Les Français font des enfants de plus en plus tard. Et parfois même, très tard. Selon l'Insee, 1.576 enfants sont nés d'un père âgé de plus de 60 ans, en 2015. Yves fait partie de ses "vieux" papa. Un choix qui l'a forcé à affronter les regards désapprobateurs, comme il le confie à RMC.fr.

Yves a 61 ans. Remarié avec une femme de 32 ans, il a eu un fils, Jules, il y a 2 ans. C'est son troisième enfant, puisqu'il a déjà eu deux filles d'un précédent mariage, lorsqu'il avait 34 et 38 ans.

"Bien sûr que je me suis dit que j'étais trop vieux avant de faire un troisième enfant à presque 60 ans. Il y a évidemment une pression populaire, et en premier lieu celle de mes deux filles. Elles m'ont dit: 'papa tu es complètement fou, c'est n'importe quoi!' Elles n'ont pas compris et m'ont fait une scène. Mes amis, également, ont tenté de me dissuader. Ils m'ont dit: 'tu as vu ton âge, ce n'est pas raisonnable, ton fils va avoir besoin de toi mais dans 10 ou 20 ans tu vas passer l'arme à gauche'. Tout ça fait qu'on s'interroge.

Il y a aussi la question économique. Un enfant coûte cher et en retraite on n'est pas forcément en mesure d'assumer. J'ai répondu à cette question économique en continuant à travailler aujourd'hui. Surtout, ma femme a une situation qui lui permettra d'assumer quoi qu'il arrive s'il m'arrive un pépin.

"Il me reste une vingtaine d'années à passer avec mon fils"

Après, on rationalise en se disant qu'à tout moment, et quel que soit son âge, il peut nous arriver un accident ou on peut contracter une maladie. Et puis, si on regarde la durée de vie moyenne d'un homme, qui tourne autour de 80 ans, je me suis dit qu'il me resterait plus d'une vingtaine d'années à passer avec mon enfant, ce qui laisse le temps d'en profiter, pour l'éduquer et lui inculquer un certain nombre de valeurs. Et au final, c'est une expérience extraordinaire.

Ce qui m'a décidé? Déjà le fait de m'être remarié avec une femme plus jeune que moi. Il faut être cohérent, quand on se marie avec une femme beaucoup plus jeune, qui veut un enfant, tu ne peux qu'accepter. C'est une décision qui est prise en amont. Au-delà de mon propre désir, à partir du moment où j'ai décidé de vivre avec elle, je ne pouvais qu'accepter d'avoir à nouveau un enfant.

"Les autres préfèrent ne pas en parler"

Le regard des autres? Les gens n'en parlent pas, ne s'expriment pas sur le sujet. On sent que c'est probablement réprobateur, mais on ne te dit rien. Mais ça me va comme ça.

A mon âge, je suis le même père que la première fois quand j'avais 34 ans. Je me comporte de la même manière qu'avec mes deux filles. Ce que j'avais vécu avec mes filles quand elles étaient bébés, je l'avais oublié avec le temps, donc je revis aujourd'hui ce truc extraordinaire d'être papa. Ce que j'ai vécu avec mes filles, je le revis 25 ans plus tard. Et puis, cette fois j'ai un garçon, donc les choses sont différentes, c'est une découverte. C'est le même plaisir, c'est le même bonheur.

Quelque part, ça m'aide à rester en bonne santé. Il faut pouvoir assumer je n'aurais sûrement pas conservé cette hygiène de vie si je n'étais pas dans cette dynamique. J'ai la chance d'être en bonne santé, mais cette responsabilité nouvelle me maintient en forme, c'est sûr."

Propos recueillis par Philippe Gril