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"Il y a une défiance du politique vis-à-vis de la fonction publique": pourquoi les cabinets de conseil infiltrent le gouvernement

L'Etat a eu un recours massif aux cabinets de conseil pendant la pandémie. Un phénomène qui n'est pas nouveau et qui à un coût pour le contribuable. Et qui peut entraîner aussi de nombreux conflits d'intérêts dans les plus hautes sphères du gouvernements.

Campagne vaccinale, éducation, les cabinets de conseil privés sont de plus en plus sollicités dans les hautes sphères du pouvoir. Chaque jour, plusieurs cabinets (McKinsey, Boston Consulting Groupe ou Roland Berger notamment) murmurent à l'oreille du gouvernement et influent sur la stratégie étatique. Un recours au privé qui a explosé pendant la pandémie et qui a un coût. Pendant l'épidémie, ce ne sont pas moins de 7 cabinets de conseil qui ont été consultés pour 25 millions d'euros au frais du contribuable.

Mais ce phénomène n'est pas nouveau. "Depuis au moins 15 ans, d’abord sous Sarkozy puis Hollande qui n’a rien changé et Macron qui a accentué le problème, il y a une défiance du politique vis-à-vis de la fonction publique. Il y a un discours ambiant qui croit que ce sera toujours mieux fait si c’est fait dans le privé", explique ce mercredi sur RMC Matthieu Aron, grand reporter à L'Obs et auteur de "Les infiltrés", une enquête sur le recours aux cabinets de conseil par l'Etat.

Facture salée

Car la mode du "lean management", est passée par là. "Le "lean (maigre en anglais) management" signifie qu’il faut couper partout en rendant systématiquement plus agile, plus performant. Sauf qu’en réalité, pour mettre en place cette politique, on a fait appel à tous ces cabinets". Pour Mathieu Aron, ces cabinets se vanteraient d'être les seuls à savoir comment transformer un système. "Ils sont dans les cabinets et les ministères, ils assurent à chaque chef de cabinet qu’ils ont la solution pour tout".

"Pourtant, on a des compétences dans la fonction publique et en même temps, on fait appel à des cabinets privés, il y a un doublon donc un gâchis financier. Et on sait aussi qu’un fonctionnaire coûte 5 fois moins cher qu’un consultant d’un cabinet de conseil", ajoute Matthieu Aron.

Et le coût global du recours aux cabinets de conseil, selon Matthieu Aron, se situerait autour de 2 milliards d’euros par an alors que le ministère de la Fonction publique faisait état d’une facture de "seulement" 140 millions d’euros par an.

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Conflits d'intérêts

Le recours à ces cabinets de conseil serait source de conflits d'intérêts au sein des ministères. Et au plus haut-niveau parfois. Certains hauts fonctionnaires auraient fait la navette entre fonction publique et cabinets privés. Matthieu Aron cite notamment le cas d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique et de l’Innovation sous François Hollande, qui exerce désormais au sein du cabinet de conseil allemand Roland Berger.

"Aujourd’hui, on a la direction interministérielle de la Transformation publique, qui pilote la transformation de notre administration. Et dans cette direction, il y a beaucoup de contractuels, là pour des contrats de trois ans. Pourquoi il y en a beaucoup ? Parce qu’ils viennent de cabinets de consultants. Ils prennent un contrat de trois ans avec l’Etat et iront retravailler dans un cabinet de conseil à l’issue de leur contrat. Ça peut poser question", conclut Matthieu Aron.

Et à en croire Amélie de Montchalin, 2022 pourrait marquer le début de la fin des recours au cabinet privé. Le 19 janvier dernier, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques assurait sur Europe 1 que les dépenses des ministères auprès des cabinets de conseil allaient baisser de 15%: "Quand on a les compétences dans l’État, on n’a pas de recours au conseil externe", ajoutait-t-elle.

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Guillaume Dussourt