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"Je crains des morts dans les deux camps": en Guadeloupe, barrages pacifiques la journée et violences la nuit

DOCUMENT RMC - En Guadeloupe, les opposants aux restrictions sanitaires maintiennent leur détermination, et les habitants sont las des violences.

Objectif: calmer les tensions tout en restant ferme. Le gouvernement joue l'apaisement mardi face aux violences qui se poursuivent en Guadeloupe malgré les renforts de police, avec une "instance de dialogue" visant à répondre à la crise sociale liée à l'obligation vaccinale anti-Covid.

L'exécutif a vivement condamné les violences urbaines et pillages et appelé au calme face à la "crise très explosive" en Guadeloupe, en proie à une contestation sociale liée à l'obligation vaccinale contre le Covid, en reconnaissant "un dialogue nécessaire" avec les élus. 

Comme a pu le constater notre envoyé spécial RMC sur place, les automobilistes doivent rebrousser chemin face aux pneus brûlés, aux carcasses de voitures retournées aux gravats, et face aux invectives de Rudy Tessier, qui tient avec d'autres collectifs, le rond-point Perrin, permettant d'accéder à Pointe-à-Pitre et à l'aéroport depuis le nord de l'île: "

On ne va pas céder et on demande à toute la population de Guadeloupe de durcir le mouvement, et mettre des barrages. Partout où on est dans le pays, on bloque tout!".

L'ambiance est bon enfant la journée, mais des groupes de jeunes parfois violents prennent la relève la nuit.

Des jeunes difficiles à contrôler reconnaît l'un des fers de lance de la contestation, Eric Coriolan: "Il y a effectivement des débordements que personne ne contrôle. Ce sont des jeunes qui n'ont aucune perspective d'avenir, qui jouent leur va-tout et iront jusqu'au bout. Je crains des débordements et des morts dans les deux camps".

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"On est en train de se battre entre Guadeloupéens"

La situation s'enlise et au centre-ville de Pointe-à-Pitre, autour des décombres des bâtiments incendiés lors des violences, les commerçants s'inquiètent: "En terme de clientèle, les gens n'osent pas venir, ils ont peur de braver les barrages. Moi-même, je suis Guadeloupéenne, je suis née ici et j'ai peur".

La plupart des habitants n'osent pas donner d'interview filmée de peur des représailles : "On est en train de se battre entre Guadeloupéens", soupire l'un d'eux. 

Face à la situation qui s'enlise, Olivier Serva, député de Guadeloupe, président de la délégation aux Outre-Mer à l'Assemblée, a annoncé ce mardi matin sur RMC que plusieurs mesures avaient été obtenues pour une sortie de crise sociale et sanitaire en Guadeloupe: "Nous avons obtenu qu'aucun pompier ne sera suspendu et pour ceux pas encore vaccinés, ils pourront faire un test PCR gratuit toutes les 72h". Pour les soignants refusant de se faire vacciner, ils pourront être reclassés.

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La Guadeloupe, où un tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté (Insee) avec un fort taux de chômage (19%), est secouée depuis plusieurs jours par un mouvement ayant pour origine la contestation de l'obligation vaccinale des soignants, qui a dégénéré en crise sociale émaillée de nombreuses violences avec barricades, pillages et incendies. 

"Plus de 90 interpellations" et "plus de 60 gardes à vue" ont eu lieu depuis le début de la crise, a précisé le ministre de l'Intérieur, alors que 250 policiers et gendarmes, dont 50 du GIGN et du Raid, ont été envoyés en renfort durant le week-end et qu'un couvre-feu a été mis en place de 23H00 à 5H00. Pour lui, "si on acceptait la revendication d'une minorité violente et agissante qui consiste à dire 'pas de vaccination en Guadeloupe', on accepterait de facto que la population guadeloupéenne est moins bien protégée contre une maladie que le reste de la population". 

Selon Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mers, les violences sont le fait de "personnes qui sont malheureusement déjà défavorablement connues des services de police ou de la justice, qui se servent de cette crise pour s'exprimer dans la violence".

Victor Joanin (avec G.D.)