RMC

Qui est Jean-Marc Sauvé, l'auteur du rapport choc sur la pédocriminalité dans l'Eglise?

"LE PORTRAIT DE POINCA" - Le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique a rendu ses conclusions ce mardi matin.

Jean Marc Sauvé, c’est ce que l’on appelle un grand serviteur de l'État. Il a occupé les deux postes les plus importants de la haute fonction publique, les lieux du vrai pouvoir: secrétaire général du gouvernement et Vice-président du Conseil d'État.

En 2018, il prend sa retraite, mais il est rapidement contacté par l'Église catholique. On est juste après l’affaire du père Preynat, la conférence des évêques décide de crever l'abcès, d’ouvrir ses archives et de confier une vaste enquête à une commission indépendante.

>> A LIRE AUSSI - Pédocriminalité dans l'Eglise catholique: plus de 300.000 victimes depuis 1950 selon le rapport Sauvé

Jean-Marc Sauvé accepte de s’y coller et il obtient de choisir lui-même les membres de sa commission, de ne prendre aucun représentant de l'Église catholique, de travailler comme il l'entend, aussi longtemps qu’il le faudra et avec les moyens financiers nécessaires.

Deux ans et demi plus tard, il rend public aujourd’hui le résultat de ce travail titanesque… On sait que sa commission à dénombrer depuis 1950 au moins 10.000 victimes de violences sexuelles perpétrées par au moins 3.000 prêtres pédophiles.

Son rêve abolir, la peine de mort

Pendant son enquête, Jean-Marc Sauvé a été rattrapé par des souvenirs personnels. Il a deux ans, il a reçu une lettre d’un ancien camarade de pension qui lui a écrit sachant qu’il travaillait sur ces questions. La lettre disait: “Tu te souviens du prêtre qui nous apprenait la musique il y a 60 ans ? Et bien, il a abusé de moi”.

Jean-Marc Sauvé se souvenait très bien de ce prêtre et cette lettre l’a beaucoup marqué. Il l’a gardé sur lui pendant toute son enquête. À l’époque du pensionnat, le jeune Jean-Marc, fils d’agriculteurs, hésitait entre devenir prêtre ou acteur de la vie politique. Il rêvait d’abolir la peine de mort.

À 21 ans, il passe le concours de l’ENA, le réussit, mais décide de rejoindre les jésuites à Lyon. Deux ans plus tard, il change d’avis, repasse le concours de l’ENA et s’engage dans la fonction publique. Un de ses premiers postes sera au cabinet de Robert Badinter en 1981. Il réalise son rêve d’enfant: abolir la peine de mort.

À 72 ans aujourd’hui, c’est plutôt sur un cauchemar qu’il achève son parcours professionnel avec cette plongée dans l’univers de la violence sexuelle dans l’église. Il a prévenu que son rapport allait provoquer une onde de choc.

Nicolas Poincaré