RMC

20% des plus de 80 ans pas totalement vaccinés en France: pourquoi ça coince?

DOCUMENT RMC - Passés les résidents d'Ehpad et les personnes âgées bien suivies par leur médecin, reste maintenant à attirer les isolés et les récalcitrants dans les centres de vaccination.

C'est une particularité française. Alors qu'en Espagne, au Portugal ou en Angleterre, plus de 95% des personnes âgées de plus de 80 ans sont vaccinées, en France seuls 84% des plus de 80 ans ne sont toujours pas totalement vaccinés, alors même que le variant Delta fait encore des ravages. Pire encore, depuis la mi-mai, les injections dans cette tranche d’âge ralentissent. Passé les résidents d'Ehpad et les personnes âgées bien suivies par leur médecin, reste maintenant à attirer les isolés et les récalcitrants dans les centres de vaccination.

C'est le cas de Claude. À 86 ans, il est passé entre les mailles de la campagne de vaccination. Cet habitant de Bobigny en Seine-Saint-Denis, n’est pas convaincu de l'utilité de se protéger contre le Covid-19 et son variant Delta. Et son médecin traitant n’est pas là pour le convaincre: "Mon médecin n'est pas là, il est en vacances. Aujourd'hui ils vous disent quelque chose et le lendemain autre chose encore. Alors à quoi ça sert", s'interroge-t-il.

Sur le boulodrome de la ville par contre, tous font partie des 84% de personnes âgées déjà vaccinées. Une obligation pour jouer avec Ziou Hamed, 84 ans: "Je pose la question à des gens qui veulent jouer avec moi s'ils sont vaccinés. S'ils le sont, je joue, sinon je ne joue pas avec eux", assure-t-il implacable.

>> A LIRE AUSSI - Pass sanitaire: un bracelet passe-droit pour les clients fidèles dans les bars et restaurants?

L'influence des enfants

Mais alors pourquoi près d’une personne de 80 ans sur 5 sont encore aux abonnés absents des centres de vaccination? "Il y a une partie de ces personnes opposées à la vaccination. Il y a une partie qui demande l'avis à ses enfants. Finalement eux, ils n'y sont pas opposés mais il y a une opposition des enfants à la vaccination de leurs parents", avance Luc Duquesnel, médecin généraliste en Mayenne et président du syndicat Généralistes-CSMF. 

"Il y a aussi des patients qui n'ont pas de problèmes médicaux, qui ne voient pas tous les deux ou trois mois leur médecin traitant. Et là, c'est la problématique du lien avec ces gens-là, qu'ils soient d'ailleurs en zone rurale ou en zone urbaine, de la façon de les convaincre à ce qu'ils soient vaccinés", ajoute-t-il.

Alors pour Renaud Pequignot, chef du service de gériatrie des hôpitaux de Saint-Maurice dans le Val-de-Marne, les autorités doivent prendre ce problème à bras de corps: "Il faut que l'impulsion vienne de l'Etat c'est évident. Après l'Etat doit trouver des relais: il faut que les mairies et les départements utilisent leurs fichiers de personnes fragiles ou dépendantes pour vérifier qu'on est complet sur cette population-là. Je crains que si l'on ne va pas assez vite, avant le mois d'octobre on ait vraiment de gros dégâts". Et selon le spécialiste, chacun peut agir. Il appelle à demander dans sa famille, dans son voisinage si les anciens sont bien vaccinés.

>> A LIRE AUSSI - Interpellations, peines de prison... Tout ce qu'il faut savoir sur la fraude au pass sanitaire

Benjamin Pelsy et Aymeric Dantreuille (avec Guillaume Dussourt)