RMC

Baisse du nombre de fumeurs: "Je me rends compte que c’est un peu ringard de fumer"

Le nombre de fumeurs a fortement diminué selon l'organisme Santé publique France. Politique du gouvernement mais aussi changement de mentalité seraient à l'origine de cette baisse.

La France dénombre un million de fumeurs en moins entre 2016 et 2017. Ces chiffres, dévoilés par Santé publique France à l'occasion de la journée Mondiale sans Tabac, marquent "une rupture" selon la ministre de la Santé.

Agnès Buzyn a notamment crédité sa politique d’augmentation des prix du tabac qui doivent passer progressivement à 10 euros d'ici novembre 2020.

La baisse est notable chez les jeunes entre 18 et 24 ans, mais aussi chez les fumeurs les plus défavorisés, pour "la première fois depuis les années 2000". Paquet neutre, hausse des prix, prise de conscience: le patchwork de mesures contre le tabac semble donc porter ses fruits.

"J’ai arrêté uniquement pour ma santé"

Tiphaine a 26 ans. Avant, elle fumait plusieurs cigarettes par jour, aujourd'hui elle a arrêté.

"J’ai commencé à fumer en première donc ça fait pas mal d’années. J’ose même pas compter. Mais là j’ai décidé d’arrêter et j’ai réussi en septembre dernier donc ça fait bientôt un an. Franchement, je me sens super bien maintenant. J’ai arrêté uniquement pour ma santé. C’est vrai c’est cher, les vêtements ne sentent pas bon mais tout ça, c’était subsidiaire par rapport à ma santé. Je sentais mon cœur battre plus vite, je ne me sentais pas bien, la tête qui tourne aussi juste après avoir pris une cigarette donc c’est pas très agréable en fait".

"J’ai subi une pression sociale"

Chez les jeunes, c'est la première fois que la baisse est si importante. Pour Mathilde, 24 ans, le tabac serait même devenu ringard. Elle a commencé à fumer il y a 10 ans mais elle n'a jamais vraiment aimé ça. "J’ai subi une pression sociale. Je me suis dit, je vais me mettre à fumer aussi pour renvoyer une certaine image. Finalement on s’est tous forcé un jour à fumer au début".

Plus envie de se forcer, il y a un an, Mathilde a arrêté la cigarette. "Je me rends compte que c’est un peu ringard de fumer. Aujourd'hui, c’est plus original de dire, je ne suis pas fumeuse que je suis fumeur. Autant arrêter et être original en disant, je ne suis pas fumeuse".

"Ça devient un marqueur de ne plus être dans le coup"

Albert Hirsch, professeur de pneumologie et membre du Comité éthique et cancer a les yeux qui pétillent à l'annonce de ces chiffres. Ça fait 32 ans qu'il se bat contre le tabac.

"C’est la première fois que j’observe un tel décrochage chez les jeunes. Le fait qu’il ne soit plus possible de fumer en concert, au cinéma, ça joue sur un fond qui dévalorise le fait de fumer et qui fait que finalement, ça devient un marqueur de ne plus être dans le coup. Bientôt, ce sera un marqueur de ne plus être jeune".

Malgré son optimiste il reste vigilant. Pour lui, l'industrie du tabac fera tout pour reconquérir le marché de la jeunesse.

Alice Froussard et Laurence Méride