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Déserts médicaux: un député veut réguler l'installation des médecins, "comme avec les pharmacies"

Les mécanismes d'incitation à l'installation de médecins dans les déserts médicaux n'ont pas eu l'effet escompté malgré un coût important. Pour lutter contre la désertification, qui s'intensifie, Guillaume Garot, député PS de Mayenne, plaide pour réguler l'installation des médecins, comme c'est le cas avec les pharmacies.

Malgré les aides, la désertification s'intensifie. Un rapport de l'Assurance maladie tire la sonnette d'alarme sur les inégalités d'accès aux médecins généralistes, qui se sont accrues ces dernières années.

"Malgré des aides financières importantes, 32 millions d’euros en 2020, les résultats ne sont pas au rendez-vous", alerte ce mardi sur RMC Guillaume Garot, député PS de la Mayenne. "Cela veut dire qu’il y a des territoires où il y a beaucoup de médecins et d’autres où c’est la désertification. Il y a trois fois plus de médecins généralistes à Paris ou dans les Alpes qu'il n'y en a dans l'Eure ou l'Eure-et-Loir".

Une fracture qui s'accentue du côté des spécialistes, où il faut six mois en Mayenne pour avoir un rendez-vous avec un ophtalmo contre deux heures à Paris, assure le député.

"8 millions de Français vivent avec de vraies difficultés d'accès à des soins"

Négociés en 2016 avec les syndicats de médecins libéraux, quatre types de "contrats démographiques" étaient censés enrayer la progression des déserts médicaux. Mais fin 2021, cinq ans après, seuls 4.685 étaient "en cours", selon le bilan de l'Assurance maladie.

Quant à l'aide à l'installation dans les déserts médicaux, jusqu'à 50.000 euros, elle a été accordée à seulement 2.085 médecins, essentiellement généralistes, soit un peu plus de 400 par an. "C'est loin d'être suffisant. Non seulement ça coûte cher, mais surtout, ça n'a pas produit les résultats qu'on attendait", déplore Guillaume Garot.

"8 millions de Français vivent avec de vraies difficultés d'accès à des soins. C'est une injustice profonde, car on paye tous les mêmes cotisations sociales et impôts et on n'a pas les mêmes accès aux soins. Il faut réparer cette injustice", plaide-t-il.

Une régulation comme pour les pharmacies?

Pour réparer ces injustices, Guillaume Garot veut "poser des règles pour l'installation des médecins et passer à la régulation comme avec les pharmacies". "C'est ce qu'on appelle le conventionnement collectif. Dans les villes où il y aurait assez de médecins, on ne pourrait pas s'y installer sauf en cas de départ à la retraite", plaide l'élu, qui veut "refonder le contrat entre la nation et les médecins".

De son côté, le président de la République Emmanuel Macron semble frileux et se dit contre toute contrainte pour les médecins généralistes.

"Il n'y a rien de choquant de dire aux médecins que l'on va discuter de cela. Ce que je propose, c'est un groupe de travail transpartisan pour trouver de nouvelles solutions. L'incitation financière ne fonctionne pas, il faut passer à la régulation. Avec des députés d'autres couleurs politiques, on va proposer un compromis", assure Guillaume Garot.

L'ensemble des dispositifs actuels a déjà coûté plus de 94 millions d'euros sur la période 2017-2020. Pour une "inégalité d'accès" aux médecins généralistes qui "s'est accentuée" sur la même période. À l'inverse, l'Assurance maladie note une "réduction des disparités" pour les infirmières et les sages-femmes libérales.

Guillaume Dussourt avec AFP