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Crise à l'hôpital: des milliers de médecins étrangers empêchés d'exercer en France

Alors que l'hôpital est en crise, que des services d'urgence doivent limiter leur activité et que les déserts médicaux n'attirent toujours pas, des milliers de médecins étrangers attendent toujours de pouvoir exercer normalement en France. Leurs dossiers sont toujours bloqués en commission de validation.

Alors qu'Emmanuel Macron était en déplacement cette semaine au chevet des urgences, des milliers de médecins étrangers demandent à pouvoir exercer librement. C'est le cas de Marina, qui attend toujours que son dossier soit validé par l'administration. L'organisme responsable, le Centre national de gestion, s'était engagé auprès de "RMC s'engage pour vous" à la tenir au courant rapidement, mais elle n'a toujours aucune nouvelle et son diplôme argentin n'est toujours pas reconnu en France.

Et surtout, RMC a découvert que des milliers de médecins étrangers sont dans la même situation. Tous ont obtenu leurs diplômes de médecine en dehors de l'Union européenne. Normalement, une loi passée en 2019 devait leur permettre d'exercer librement. Sauf que leurs dossiers sont bloqués en commission de validation.

Cette semaine, ils étaient plusieurs centaines à manifester devant le ministère de la Santé. Parmi eux, Abel Latif, qui a obtenu son diplôme de dentiste au Liban et a demandé à pouvoir exercer en France il y a plus d’un an. "J'ai complété mon dossier et il est endormi dans un tiroir. Je ne demande pas l'aumône, je demande mon droit. Avec les déserts médicaux, il y a une petite solution. Donnez le droit aux médecins étrangers d'y exercer, mais la solution, vous vous en foutez", déplore-t-il.

Des médecins privés de travail

Certains de ces médecins étrangers sont donc au chômage forcé. D’autres enchaînent les petits contrats dans des hôpitaux, mais ils ne peuvent pas exercer librement, ils doivent toujours être surveillés par un supérieur. Impossible par exemple d'ouvrir un cabinet, même dans un désert médical. Une hypocrisie pour Mickaël, diplômé en Côte-d’Ivoire et qui attend lui aussi depuis plus d’un an d’être reconnu.

"Actuellement, nos salaires sont le tiers des salaires de nos confrères avec qui on travaille et on fait les mêmes procédures. On fait des heures supplémentaires, des gardes, des astreintes, on fait les mêmes choses mais derrière, on n'a pas la même reconnaissance", explique-t-il à RMC.

Sur les 4.500 personnes qui ont déposé un dossier, il en reste 3.000 à étudier selon les syndicats. Sauf que tout doit être fait avant la fin de l’année. C’est ce que dit le décret. Un délai qui semble difficile à tenir.

"Ils ont compris la détresse mais sans aucune promesse"

Pendant la manifestation, les représentants syndicaux ont été reçus par le directeur de cabinet adjoint de la ministre de la Santé. Le chirurgien et syndicaliste Mohand Benoufella y était: "Notre principale revendication était de respecter les délais. Ils ne se sont pas encore engagés. Ils vont essayer de trouver les leviers. Ils ont compris la détresse mais sans aucune promesse. Ils ne nous ont pas donné de date. Ils nous ont promis un retour avant l'été", assure-t-il.

Relancé par RMC, le ministère de la Santé assure qu’il va étudier toutes les voies possibles pour accélérer la procédure et débloquer les dossiers, dans un contexte où l'hôpital est en crise et que 120 services d'urgence en France ont dû limiter l'activité par manque de moyens.

Joanna Chabas, Marie Dupin et Benoît Ballet