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Epidémie de grippe: "Vous pouvez très bien être vacciné et avoir la grippe"

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- - DANIEL MIHAILESCU / AFP

La grippe a tué 13 résidents d'une maison de retraite lyonnaise en quinze jours. Le virus est-il particulièrement virulent cette année? Quid de la vaccination? Comment se mieux protéger? Autant de questions auxquelles répond, ce lundi, à RMC.fr, Antoine Flahault, médecin épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève.

Antoine Flahault, médecin épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève.

"Actuellement, il y a deux sous-types de virus qui circulent. D'abord le virus H1N1, appelé aussi grippe porcine, et qui a été particulièrement virulent en 2009. C'est un virus dont on sait qu'il est agressif chez les jeunes mais beaucoup moins chez les personnes âgées. Or, quand on est jeune, on est plutôt en mesure d'avoir des réponses pour répondre à la grippe. C'est un virus considéré comme moins dangereux que l'autre, le H3N2, d'origine aviaire. A l'inverse, ce virus de la grippe, qui circule depuis 1969 dans nos latitudes, est beaucoup plus agressif chez les personnes âgées que chez les jeunes.

"La grippe est une maladie particulièrement pernicieuse"

Mais, en parlant d'agressivité, je ne parle pas du tout de sa propension à se diffuser car les deux virus se diffusent sensiblement de la même façon chez les jeunes et chez les personnes âgées. Même si curieusement, le virus de la grippe est essentiellement une maladie des jeunes. La moyenne d'âge des malades est en effet inférieure à 30 ans. Cela ne veut pas dire que les personnes âgées ne l'ont pas, mais quand celles-ci ont le virus H1N1, ils ne font pas de complications. En revanche, quand elles ont le H3N2, celui qui circule en ce moment, elles peuvent faire des complications parfois très graves. La grippe est une maladie particulièrement pernicieuse et difficile: elle attaque en premier les jeunes mais elle tue les vieux. On protège donc les vieux alors qu'en réalité il faudrait empêcher les jeunes d'être malades.

Il est possible que l'épidémie de cette année soit aussi mortelle que celle d'il y a deux ans (qui avait contribué à une surmortalité de 18.000 personnes, ndlr). Chaque année il y a une épidémie de grippe mais elles ne sont pas tous les ans de la même amplitude. C'est encore difficile de dire quel sera le niveau de mortalité de cette grippe, même si l'on constate que le virus H3N2 semble particulièrement virulent envers les personnes âgées. Il y a donc de quoi s'inquiéter. On sera très certainement au-delà des 6.000 décès constatés en moyenne tous les ans.

"Le vaccin contre la grippe n'est pas très efficace"

Face à cette épidémie, il faut voir la vaccination comme une stratégie de réduction du risque. Le vaccin contre la grippe n'est pas très efficace. Vous pouvez très bien être vacciné et avoir la grippe. C'est un vaccin assez ancien, qui n'a pas beaucoup évolué'. C'est un vaccin qu'il faut refaire chaque année parce qu'il n'interagit pas suffisamment avec les nouvelles souches qui circulent. Il ne peut donc pas encore être donné une fois pour toute ou une fois tous les dix ans. Autant de remarques qui ne poussent pas à se faire vacciner.

Pourtant, on a constaté statistiquement que quand l'on donne le vaccin, il y a moins de décès, moins de complications et même moins de grippe. Donc, individuellement, vous ne pouvez pas avoir une assurance tous risques, mais, à l'échelle de la population, vous avez une efficacité très claire: cela diminue la mortalité, les hospitalisations, les complications. S'il est difficile de chiffrer les effets de la vaccination, ce qui est vrai c'est qu'il y a une efficacité. Qu'elle se situe entre 0 et 50% de réduction de la mortalité, c'est toujours ça à prendre. 

"Utiliser plus fréquemment les masques de protection"

Par ailleurs, la vaccination n'est pas une vaccination de 'barrière'. Comme le vaccin n'est pas très efficace, ça ne marcherait probablement pas. Ce que j'appelle une vaccination de 'barrière', c'est de pouvoir empêcher la maladie d'évoluer, de se répandre. Si on voulait faire une barrière contre la grippe, il faudrait vacciner les jeunes. Là, au contraire, on vaccine les personnes âgées pour les protéger contre les complications et la mortalité. On n'a pas une vaccination qui a pour ambition d'empêcher la vague de déferler mais plutôt d'essayer de protéger des gens statistiquement.

La grippe se répand pendant près de neuf à douze semaines. Aujourd'hui, on en est à la quatrième. Sachant qu'il faut deux semaines au vaccin pour prendre, nous sommes dans les derniers jours de vaccination. Mais au-delà de ça, le masque de protection est assez efficace, tout comme le lavage des mains. En effet, la grippe ne se transmet pas uniquement par des petites gouttelettes qui flottent dans l'atmosphère, mais aussi par des gouttelettes sur les portes, les claviers d'ordinateurs… Il faut donc utiliser plus fréquemment les masques. Cela ne coûte pas cher mais c'est d'une extraordinaire efficacité. Pourtant, ce n'est pas assez utilisé dans nos cultures, à l'inverse des Asiatiques".

Propos recueillis par Maxime Ricard