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La colère d'Act Up contre des thanatopracteurs qui refusent de prendre en charge des séropositifs

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Certains spécialistes de la conservation des corps – les thanatopracteurs – ne veulent plus s'occuper des cadavres de personnes séropositives, par crainte de contamination. Mikaël Zenouda, le président de l'association Act-Up Paris, dénonce une position archaïque qui n'a pas de sens, selon lui.

Mikaël Zenouda est le président de l'association Act-Up Paris, qui lutte contre le sida. Il dénonce l'attitude d'un syndicat de thanatopracteurs, qui dénoncent la levée de l'interdiction des soins funéraires sur les personnes décédées du VIH.

"Les thanatopracteurs de ce syndicat disent qu'il y a des risques de contaminations au VIH mais ce n'est pas le cas. Je comprends leur inquiétude dans le cadre de leur exercice, mais ce que nous leur disons c'est qu'il faut juste respecter les protections élémentaires de sécurité et d'hygiène en utilisant des gants, des masques et en ayant du matériel à usage unique. Ce n'est pas plus compliqué que cela.

"De la sérophobie"

Les thanatopracteurs disent que le VIH est une maladie contagieuse. Alors qu'on se bat tous les jours pour répéter que c'est une maladie transmissible, et qu'il faut vraiment être en contact avec le sang et avec les muqueuses contaminées pour avoir un risque de contamination. Ce n'est pas contagieux dans l'air. Ce sont toujours ces mêmes conceptions archaïques qui ressortent. Ce réflexe de danger vis-à-vis du corps séropositif n'a pas changé depuis les années 80.

Quand ils braquent leur vision uniquement sur les VIH, c'est parce qu'il y a de la 'serophobie' derrière. Ils traitent des cadavres de personnes qui sont séropositives mais qui n'ont pas été dépistées puisqu'il y a environ 30.000 personnes qui sont séropositives et qui ne le savent pas. Alors que s'il est indiqué sur le certificat de décès d'une personne qu'il est mort des suites du sida, alors là, c'est un refus total de prendre en charge son corps. C'est une discrimination.

"10 jours à la morgue sans soins de conservation"

Les thanatopracteurs proposent la toilette mortuaire comme alternative. Mais on leur a dit que ce n'est pas suffisant. C'est juste du maquillage. Ça ne ralentit pas le processus de décomposition, donc ça ne change rien au problème.

Le compagnon décédé de l'un de nos militants est resté 10 jours à la morgue sans soins de conservation et quand il a pu le voir, le travail de décomposition avait commencé. Il avait des tâches sur tout le corps et l'odeur était insoutenable. C'est la dernière image qu'il a gardé de son compagnon. Cela fait 30 ans que l'épidémie existe, il faut nous laisser tranquille pour enterrer nos morts dignement."

Propos recueillis par Philippe Gril