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Laura, 28 ans, atteinte d'un cancer du sein: "Je n'ai jamais pensé que j'allais mourir"

Selon des résultats compilés par le journal Le Monde, entre 1980 et 2012, chez certaines tranches d’âge, notamment les jeunes, le cancer gagne du terrain. Les résultats sont particulièrement marquants concernant le cancer du sein: depuis près de quinze ans, il recule chez les femmes de plus de 50 ans, mais poursuit sa progression chez les jeunes. C'est le cas par exemple de Laura, 28 ans.

"En décembre dernier, le 5 précisément, j'étais à une compétition de natation. Je me passais de la crème sur le corps et j'ai découvert que j'avais une boule, grosse comme une bille, sur le sein. Immédiatement on se pose des questions: est-ce que c'est un kyste? Est-ce que c'est plus grave? Et en fait je suis allée voir mon médecin qui m'a dit 'Oh, ça ne doit pas être trop grave, ça doit être un kyste'. Mais il m'a quand même demandé d'aller faire une échographie, voire une mammographie pour vérifier qu'il n'y a pas de problème.

"On ne s'y attend pas"

Je n'ai pas pris rendez-vous tout de suite. Je suis partie en vacances de Noël. J'ai pris rendez-vous le 13 janvier pour aller faire cette fameuse échographie. Tout de suite la radiologue a vu qu'il y avait un petit souci. Elle m'a dit d'aller faire une mammographie qui s'avère elle aussi 'pas très bonne'. Il fallait donc faire une biopsie. La radiologue m'a dit tout de suite 'On attend les résultats de la biopsie mais je pense qu'on s'oriente vers un cancer du sein'. Et là, le ciel s'effondre sur la tête… On ne s'y attend pas…

On ne s'y attend parce qu'à mon âge, on se dit qu'il y a peu de chances que cela nous arrive. Après on se dit pourquoi moi. D'autant plus que j'avais été chez ma gynéco en septembre. Mais elle n'avait rien vu. J'ai donc eu de la chance de m'en rendre compte. Dans ma famille, il n'y a que ma grand-mère qui a eu un cancer mais à 80 ans. Je ne suis donc pas dans une famille à risques. J'étais donc forcément très étonnée.

Douze séances de chimio en trois mois

On m'a dit que la tumeur était bien localisée, qu'elle n'était pas trop grosse et qu'on pouvait l'enlever facilement. On m'a dit aussi que j'avais quand même de la chance parce que souvent les cancers chez des jeunes sont des cancers triple négatif, c’est-à-dire répondant très mal aux traitements. Mais le mien doit a priori bien répondre aux traitements. Enfin c'est ce qu'on m'a dit…

J'ai été opérée le 1er février. Après il y a eu la petite période préservation de la fertilité parce qu'il ne faut pas oublier que les traitements peuvent donner des problèmes de stérilité derrière. Cela veut donc dire traitements, piqûres tous les jours pour stimuler les ovocytes, ponctions d'ovocytes... Ça, ça m'a un peu occupé en attendant les résultats d'analyse de la tumeur que l'on m'avait prélevée pour savoir si j'allais avoir de la chimio ou pas. J'ai eu de la chimio… Douze séances pendant trois mois.

"J'ai toujours gardé le sourire"

Ensuite, j'ai eu 33 séances de radiothérapie, tous les jours en fait. C'est le plus fastidieux, ça m'a pris tout l'été. Là, depuis mi-septembre, je n'ai plus de gros traitements. J'ai juste, toutes les trois semaines, une piqûre d'un anticorps monoclonal contre une protéine qui prolifère la tumeur, et ce jusqu'au mois d'avril. Après, théoriquement, il y a encore l'hormonothérapie. Mais, ça, ça se négocie avec l'oncologue pour après éventuellement avoir une grossesse ou pas. Parce qu'évidemment pendant tous les traitements, on ne peut pas tomber enceinte.

Je ne l'ai pas trop mal pris. Je n'ai jamais pensé que j'allais mourir. J'ai juste eu des petits moments de moins bien parce que je ne pouvais pas tomber enceinte. Maintenant je sais que pour le moment tout va bien. Sinon j'ai toujours gardé le sourire. J'ai pris les choses comme elles sont venues et j'ai été très bien entourée. Je pense que le plus difficile à vivre c'est d'engendrer de la souffrance aux autres et de voir les autres souffrir à cause de nous".

Maxime Ricard avec Juliane Antoine