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"Le 1er août, je fais quoi concrètement?": pourquoi le pass sanitaire inquiète les restaurateurs

TEMOIGNAGES RMC - L'instauration d'un pass sanitaire dès août pour profiter des restaurants et des cafés inquiète les professionnels. En plus de devoir contrôler les-dits pass, ils devront s'assurer que leurs employés en sont titulaires.

Dans 8 jours, à partir du 21 juillet, il sera nécessaire à partir de 12 ans pour accéder aux "lieux de loisirs et de culture" rassemblant plus de 50 personnes. Il faudra donc présenter une preuve de vaccination complète, un test virologique négatif ou un certificat de rétablissement pour se rendre "à un spectacle, un parc d'attractions, un concert ou un festival". Cet outil sera une nouvelle fois étendu "début août" aux centres commerciaux, ainsi qu’aux avions, trains, cars longs trajets, établissements médicaux mais aussi aux cafés et restaurants.

Une extension du pass sanitaire, qui fait bondir Pauline, verte de rage sur sa chaise en terrasse à Paris:

"Je trouve ça hallucinant et pourtant j’ai fait ma première dose ce matin. C’est monter les Français les uns contre les autres, et c’est une honte sans nom. Cela veut dire qu’on confine les gens et qu’on condamne ceux qui ne sont pas vaccinés à rester chez eux".

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"C’est un grand confort d’avoir le pass sanitaire et d’être vacciné"

Trois tables plus loin, Laëtitia, revient de voyage, et elle est formelle : essayer le pass sanitaire c'est l'adopter:

"Je suis totalement vaccinée et j’ai pu rentrer d’Espagne le 1er juillet sans avoir à faire de test. Dans d’autres pays, c’est souvent payant, il faut trouver une pharmacie ou le laboratoire qui peut le faire. C’est un grand confort d’avoir le pass sanitaire et d’être vacciné".

Des annonces aux conséquences directes pour Grégoire, étudiant, pour qui il est hors de question de ne plus pouvoir aller au restaurant ou au cinéma, il passera donc par la case vaccination "J’ai pris mon rendez-vous directement pour être tranquille, cela m’a poussé à faire ma demande pour le vaccin, sans cette annonce, je l’aurais fait à la rentrée".

Ce qui ne manque pas de faire réagir, ses amis Soufyane et Nassim, 2 frères aux avis diamétralement opposés:

"Je suis plutôt dans l’optique de me vacciner par choix et le fait de m’inciter à me vacciner en m’obligeant à avoir un pass sanitaire pour aller au musée, au cinéma, au restaurant, ça me fait l’effet inverse", assure Soufyane. "Je pense tout le contraire de lui", assure Nassim. "Je me suis fait vacciner deux fois et je lui ai dit de se faire vacciner et en fait il ne veut pas".

"On se sert de nous pour être la carotte du citoyen"

La peur pour les restaurateurs, c'est aussi de perdre du temps et des clients : "Perdre cinq minutes à l’entrée pour demander le pass sanitaire en sachant qu’ils peuvent être une dizaine, vingtaine, c’est une perte de temps et de clients potentiels. C’est nous mettre un frein à nous et pas au virus", s’inquiète Romain qui gère un établissement. 

Même son de cloche à 900 kilomètres de la capitale:

"Ça va être compliqué de faire la police car on a déjà des problèmes de recrutement. Que pourra-t-on faire si nos employés n’ont pas commencé le parcours vaccinal au 1er aout. Je les renvoie chez eux alors que j’ai déjà des problèmes de recrutement? Comment je fais concrètement?", s’interroge sur RMC Frédéric Jeanjean, le secrétaire général de l’Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie dans les Bouches-du-Rhône, (UMIH 13) et patron d’une brasserie à Marseille.

Car la vaccination obligatoire va concerner tous les collaborateurs des restaurants et cafés, et le restaurateur craint de devoir engager quelqu'un pour contrôler les pass sanitaires. Clément, restaurateur à Bordeaux, trouve l'idée bonne "en tant que citoyen", mais rejoint Frédéric Jeanjean concernant la difficulté à mettre en place: "J'ai le sentiment que depuis le début de cette crise, on nous manipule et on se sert de nous pour être la carotte du citoyen".

Le gouvernement promet des aides aux restaurateurs pour compenser les pertes, mais elles seront impossibles à chiffrer estiment les professionnels du secteur.

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Anna Huot, Alfred Aurenche et Guillaume Dussourt