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"Pour vérifier 1000 clients, il faut sept heures pour un agent": le pass sanitaire à l'entrée des centres commerciaux menacé par la justice

Franck Hayat, président des commerçants du centre Rosny 2, répondait aux questions d'Apolline de Malherbe ce vendredi.

Va-t-on bientôt assister à la fin prématurée du contrôle des pass sanitaires dans les grands centres commerciaux? Dans les Yvelines, des avocats ont réussi à faire suspendre l'arrêté de la préfecture, alors que la mesure, appliquée par les préfets, s'applique dans environ 140 centres depuis le 16 août dernier. Cette décision du tribunal administratif de Versailles mardi pourrait faire boule de neige rapidement.

Engager un maximum de recours devant les tribunaux, c'est la consigne donnée par le Conseil national des centres commerciaux à ceux concernés par le pass sanitaire alors que certains enregistrent une baisse de fréquentation de 40% et que la rentrée scolaire est une période cruciale, les décisions judiciaires sont attendues rapidement, comme dans les Hauts-de-Seine ce vendredi après-midi.

Le gouvernement prêt à saisir le conseil d'Etat?

Depuis le 16 août, cette mesure est imposée dans les départements où le taux d'incidence dépasse les 200 pour 100.000 habitants sur une semaine.

Dans cette bataille judiciaire, les professionnels comptent bien sur l'arrêt du tribunal administratif de Versailles pour faire tache d'huile. Contrairement à d'autres juridictions, cet arrêt considère que l'accès aux biens de première nécessité n'est pas garanti.

Parmi les autres arguments mis en avant par les professionnels: la perte de temps. Ainsi, Franck Hayat, président des commerçants du centre Rosny 2, en région parisienne, a lancé un chiffre: "Pour vérifier 1 000 clients, il faut sept heures pur un agent". Soit l'équivalent de plus de 2 minutes par clients. 

Avant de préciser: "A Rosny, on reçoit 14 millions de visiteurs par an. Dans les grosses périodes, on va être à 80-90.000 visiteurs par jour. Matériellement, ce n'est pas possible. On a proposé au gouvernement de faire comme dans les gares: des contrôles aléatoires dans les centres. Leur retour a été qu'ils ont d'autres préoccupations".

Répondant à Apolline de Malherbe, Franck Hayat soulève une "absurdité": "Nous avons des allées larges, plus de surface, les espaces sont plus grands... Et là, on va entasser les gens dans des surfaces de moins de 20.000 m² ou des centre-villes. C'est inquiétant".

Quelques minutes plus tard, Franck Hayat a reçu un soutien de poids: Michel-Edouard Leclerc. Invité de Jean-Jacques Bourdin, il a également plaidé pour "la fin du pass sanitaire dans les grands centres commerciaux" de plus de 20.000 mètres carrés, imposé depuis le 16 août dans les départements où le taux d'incidence dépasse les 200 pour 100.000 habitants sur une semaine.

"Si le pass sanitaire n'a pas vocation à être généralisé, (...) je demande la fin du pass sanitaire dans les grands centres commerciaux, parce qu'il ne joue pas son rôle, aujourd'hui, de pédagogie", a déclaré le président du comité stratégique E.Leclerc au micro de RMC. Il propose "soit la suppression, soit la généralisation" du pass sanitaire à tous les commerces sans distinction.

Et d'indiquer que "le consommateur n'est pas informé, les commerçants ne peuvent pas faire de publicité pour dire [s'ils contrôlent le pass sanitaire] puisque c'est sur la base d'indicateurs qui évoluent, ce sont les préfets qui décident", regrette-t-il.

Et c'est une autre source d'espoir pour le secteur: la baisse du taux d'incidence. Dans une dizaine de départements où le pass s'applique, il est désormais inférieur au seuil fixé des 200 pour 100.000 habitants. Pour autant le gouvernement, attaché à la mesure, n'a pas forcément dit son dernier mot. Il pourrait saisir le Conseil d'Etat pour lever le flou sur la situation. 

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Cyprien Pézeril (avec Guillaume Dussourt)