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Variole du singe: "La France n'est pas prête, on risque de le payer cher", prévient Act Up

La variole du singe continue de se répandre. L'OMS a déclenché son plus haut niveau d'alerte alors qu'en France, les cas ont doublé en une semaine. Pourtant, les doses de vaccin manquent et se faire vacciner relève du parcours du combattant.

L'Organisation mondiale de la Santé tire la sonnette d'alarme. Samedi, elle a déclenché son plus haut niveau d’alerte face à la recrudescence des contaminations à la variole du singe, qui a touché près de 17.000 personnes dans 74 pays, dont 1.567 en France pour 40 hospitalisations.

Et il y a bien urgence, alors que le nombre de cas a doublé en une semaine en France. "La France n'est pas prête. Même si les autorités sanitaires ont pris le sujet en main, c'est insuffisant", déplore Marc-Antoine Bartoli, coordinateur prévention de l'association Act Up, ce lundi sur RMC.

Depuis le 8 juillet, la vaccination préventive a été ouverte aux personnes les plus à risque, notamment parmi la communauté homosexuelle. Mais à l'instar des débuts de la campagne de vaccination contre le Covid-19, les doses pourraient manquer. "On aurait environ 300.000 personnes à vacciner alors que nous avons 30.000 doses de vaccin. C'est largement insuffisant, il y a un retard à l'allumage que l'on risque de payer très cher à la rentrée", ajoute l'activiste, alors que deux doses sont nécessaires pour avoir un schéma vaccinal complet, soit environ 600.000 doses pour vacciner la population à risque française.

Des pharmacies et des médecins libéraux pour vacciner?

L'épidémie ne concernerait en grande partie qu'une population identifiée, la communauté homosexuelle. "C'est un virus qui touche une communauté, on a une population identifiée, c'est un point positif pour vacciner rapidement et éviter que le virus n'atteigne la population générale", explique Marc-Antoine Bartoli, qui rappelle cependant que la transmission de la variole du singe ne se fait pas uniquement par acte sexuel.

"On a un retard important de deux mois. C'est assez hallucinant de se dire qu'après 40 ans de lutte contre le Sida et deux ans d'années de Covid-19, on ne retienne toujours pas les leçons pour prendre en charge des personnes et leur donner accès à un vaccin qui existe depuis des années".

Car se faire vacciner, pour les populations à risque, relève du parcours du combattant. "On nous dit que nous avons assez de doses, mais pas assez de bras pour vacciner, notamment pendant les vacances estivales. On nous dit que c'est juste un problème de ressources humaines. On propose donc qu'un panel de pharmacies et des médecins libéraux puissent vacciner rapidement", indique Marc-Antoine Bartoli, qui craint que le virus ne s'étende, alors que seules 5.000 personnes ont été vaccinées pour l'instant en France.

De son côté, le ministère de la Santé soutient que la France en fait beaucoup avec la gratuité de la vaccination, la mise en place d'un numéro vert et l'ouverture de 111 centres, surtout dans les grandes villes,mais pas dans tous les départements.

"Source de stigmatisation"

"C'est un virus bénin, mais les symptômes restent assez lourds", rappelle Marc-Antoine Bartoli. Les patients infectés peuvent ressentir de fortes fièvres, des maux de tête, une fatigue inhabituelle mais surtout voir apparaître des éruptions cutanées douloureuses, principalement au niveau des zones génitales, mais également au niveau du visage.

Une maladie et des symptômes qui provoquent la stigmatisation de la communauté homosexuelle. "On le voit très bien sur les réseaux sociaux. Dès qu'on est homosexuel et porteur de ce virus-là, c'est toujours source de stigmatisation. Il faut une réponse sanitaire et non pas discriminante. Il y a un long travail à faire", alerte Marc-Antoine Bartoli.

Guillaume Dussourt