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Vers un durcissement des mesures sanitaires: "En entrant dans l'automne, on s'est fait totalement dépasser", déplore Martin Blachier

Le médecin de santé publique et épidémiologiste estime qu'un nouveau reconfinement serait inutile sans mesures drastiques pour protéger les plus de 65 ans, les plus vulnérables face au Covid-19.

Emmanuel Macron doit annoncer de nouvelles mesures sanitaires ce mercredi soir à l’occasion d’une allocution télévisée semblable à celle qui a annoncé le confinement le 17 mars dernier. Si le choix de l’exécutif, entre renforcement du couvre-feu ou confinement plus souple, reste inconnu, le rebond de l’épidémie semble avoir pris de court le gouvernement alors que la situation paraissait sous contrôle pendant l’été.

"Sans mesures barrières cet été, on aurait pu avoir des secondes vagues explosives comme ce qui s’est passé dans le sud des Etats-Unis. Le problème c’est qu’en entrant dans l'automne, on s'est fait totalement dépasser. Le virus est devenu beaucoup plus fort que toutes les mesures barrières", explique ce mercredi matin sur RMC Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique.

Pour autant, il n’est pas nécessaire de reconfiner totalement le pays juge-t-il. Il plaide pour un confinement allégé, comme en Irlande par exemple, où les écoles sont toujours ouvertes et les bars et restaurants peuvent faire de la vente à emporter. C'est justement l'une des pistes étudiée par le gouvernement qui souhaiterait garder au moins les écoles primaires ouvertes pendant la durée de l'éventuel reconfinement alors que les études sur la viralité des enfants sont contradictoires:

Protéger les plus âgés en réduisant leurs interactions

"On est sûrs de rien, il y a beaucoup de données contradictoires. Les enfants peuvent contaminer, mais probablement moins que les adultes. On n’a jamais vu d’école ou plus de la moitié des gens étaient contaminés. Les écoles ont l'air d'être moins propagatrices que les universités par exemple", explique Martin Blachier.

Pour lui, il faudrait reconfiner les plus vulnérables et notamment les plus de 65 ans, qui représentaient au 20 octobre, 65% des malades du Covid-19 en réanimation. "Même si on confine quatre semaines il faudra se poser la question de la protection des personnes à risques comme les plus de 65 ans", plaide-t-il, alors qu’il avait déjà prôné plus tôt dans l'année la mise en place de mesures pour protéger les plus fragiles. "Il faut un plan jusqu'à la fin de l'hiver pour les plus de 65 ans", ajoute-t-il évoquant la livraison de courses à domicile pour leur éviter au maximum les interactions.

Interrogé sur ce qu'il aurait fait à la place du président de la République, Martin Blachier assure qu'il n'aurait pas fait le pari de l'immunité collective: "Laisser complètement filer l’épidémie est trop risqué puisque des personnes jeunes ont quand même des formes sévères. En revanche, je maintiendrais l’essentiel de l’activité économique en ajoutant des mesures extrêmement dissuasives pour que les grands événements et les fêtes n’aient pas lieu. Je ferais également un plan pour les 60-80 ans", a-t-il martelé.

Guillaume Dussourt