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Grève SNCF: "Personne n’a été augmenté de 12%", un syndicaliste dénonce les propos d’Olivier Véran

Secrétaire général CGT Cheminots de Trappes, Axel Persson estime que les propos du porte-parole du gouvernement Olivier Véran sur les augmentations de salaire à la SNCF sont "fantaisistes".

La grève des contrôleurs SNCF, via un collectif hors-syndicat, perturbe fortement le trafic des trains pour ce week-end de Noël. Et de nombreuses familles sont privées de retrouvailles ou forcées de trouver d’autres solutions. Pour Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, le choix de faire grève à cette période est incompréhensible. Et il pointe une forte augmentation de salaire déjà reçue par les grévistes. "Je ne veux pas dire de bêtise, mais me semble-t-il qu’en un peu moins de deux ans, il y aura eu près de 12% de revalorisation de salaire pour les gens qui font grève aujourd’hui, a expliqué l’ancien ministre de la Santé sur France Inter. 12%... Les Français qui nous écoutent, je ne suis pas sûr qu’ils soient très nombreux à avoir bénéficié d’une hausse de 12% de leurs revenus sur la période. Ça ne veut pas dire qu’ils trop payés ou qu’ils ont des aspirations à gagner davantage, mais pas à Noël, pas dans la période."

Des chiffres "complètement fantaisistes" selon Axel Persson, secrétaire général CGT Cheminots de Trappes. "Ce n’est pas ce qui se traduit sur notre fiche de paie, assure-t-il dans ‘Apolline Matin’ ce jeudi sur RMC et RMC Story. C’est une technique bien connue de la part du gouvernement, qui sait que ces chiffres sont complètement fantaisistes. Personne n’a été augmenté de 12%, à part peut-être dans la direction de l’entreprise. Mais aucun cheminot, ni conducteur, ni contrôleur, ni ceux aux guichets qui vendent les billets, n’a été augmenté de 12%. Ces déclarations-là sont faites pour énerver. Je crois que le gouvernement le sait très bien. Ça s’inscrit dans sa stratégie de chercher l’épreuve de force, de tendre jusqu’au bout les positions, pour espérer obtenir une victoire par KO. Pour l’instant, les grévistes ne mettent pas le genou à terre."

"Jamais de bon moment" pour faire grève

Axel Persson sera lui-même en grève ce vendredi. "La colère est tellement grande qu’il n’y a même plus besoin d’appel syndical pour que des mobilisations se lancent, explique-t-il. Il y a la grève des contrôleurs qui est très médiatisée, mais moi-même je serai en grève vendredi comme beaucoup d’autres cheminots. Dans l’établissement où je travaille, la direction a engagé un projet de suppression des conducteurs de manœuvre de la gare Montparnasse et va donc transférer la charge de travail sur les conducteurs déjà existants. Ça a fait déborder le vase et ça a mené à une grève. Des non-syndiqués sont venus nous voir pour nous dire qu’il fallait absolument qu’on parte (en grève). On avait déjà prévu d’appeler à la grève mais finalement, ils sont pris les devants. Evidemment, en tant que militants ouvriers, on fait le choix d’accompagner, soutenir et donner tous les moyens pour que cette lutte aille jusqu’à la victoire."

Et la période de Noël n’a pas à être sanctuarisée selon ce syndicaliste. "Il n’y aura jamais de bon moment, affirme-t-il. C’est le signe d’une exaspération qu’il y a chez les cheminots mais qui se manifeste aussi dans plein d’entreprises. Ces dernières années, les totems pour ne pas faire grève à tel moment ont volé en éclats. C’est le signe d’une colère sociale qui s’emmagasine et qui maintenant déborde et cherche à s’organiser. Le gouvernement l’a très bien vu venir. Le conflit des contrôleurs date de début novembre." Il pourrait même se poursuivre après Noël. "Ça dépend de la direction, si elle accède aux revendications ou pas, explique Axel Persson. La direction dit ‘rendez-vous peut-être au 5 janvier’. Cela veut dire qu’elle joue l’épreuve de force, ça ne laisse pas le choix aux grévistes entre céder ou continuer jusqu’à ce calendrier."

LP