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Applis espionnes, reconnaissance faciale: au Qatar, une Coupe du monde "Big Brother"

La surveillance numérique est extrêmement forte pendant cette Coupe du monde, au Qatar, avec des applis espionnes ou encore l’utilisation de la reconnaissance faciale. La Cnil recommande aux supporters français de partir au Qatar avec un téléphone vierge.

On a beaucoup critiqué les problèmes environnementaux et de respect des droits de l’homme, pour cette Coupe du monde au Qatar. Mais il y a un autre aspect dont on parle moins: la surveillance numérique quasi obsessionnelle dont font l’objet les supporters sur place, avec notamment l’espionnage systématique des smartphones.

Et c’est sûrement l’événement sportif le plus surveillé de l’histoire, la Coupe du monde "Big Brother". A tel point que la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) recommande fortement aux supporters qui se rendent sur place de laisser leur smartphone personnel à la maison et de partir avec un téléphone vierge. Idéalement, un vieux téléphone qui traîne à la maison et qu’on va réinitialiser, ou un smartphone à usage unique, comme ceux qu’utilisent les maris infidèles et les trafiquants de drogue... Pourquoi ? Parce qu’une fois arrivés au Qatar, les autorités obligent tous les supporters à télécharger deux applications. L’application officielle de la Coupe du monde, où sont stockés les billets, et une sorte de pass sanitaire façon "tous anti-Covid".

Le problème, c’est que ces applications cachent en réalité de dangereux "spyware", des logiciels espions, qui vont permettre de faire remonter toute l’activité du téléphone vers les autorités qataries... Avec la géolocalisation en temps réel, mais aussi la lecture des sms, des photos (qui éventuellement peuvent mettre un supporter en délicatesse par rapport aux autorités si c’est interdit), et la possibilité de voir à quel site on se connecte. Cela va même plus loin que ça puisque ces logiciels espions permettent aussi de supprimer ou modifier le contenu du téléphone et même de passer des appels.

Ce n’est pas l’apanage du Qatar. Il y avait eu exactement les mêmes craintes et recommandations lors des derniers Jeux olympiques à Pékin avec une appli officielle qui espionnait les athlètes. En général, quand vous arrivez dans un pays et qu’on vous oblige à télécharger une application, ce n’est pas bon signe... Selon la presse suisse, le Qatar aurait même essayé d’acheter auprès d’une entreprise suisse des IMSI catcher, de fausses antennes relais cachées dans des mallettes, capables d’intercepter toutes les communications.

Les réseaux sociaux également sous surveillance

Les supporters vont aussi devoir faire attention à ce qu’ils publient sur les réseaux sociaux. Car la Cnil recommande aussi de faire très attention à ce qu’on poste. Idéalement, de verrouiller les réseaux sociaux là encore pour la durée de la compétition, ou en tout cas de cacher tout ce qui a trait à son orientation politique ou sexuelle. Il est aussi conseillé de désinstaller des applications de paris sportifs, puisque tout ça est interdit.

La DGSI a de son côté toute une série de recommandations, notamment pour les professionnels: changer tous les mots de passe utilisés durant un séjour à l’étranger et, pour les professionnels notamment, installer un VPN sur son ordinateur portable, mettre un sticker ou une gravure pour le reconnaître à coup sûr et éviter une substitution, ne jamais utiliser une clé usb offerte sur place… Mais aussi ne pas utiliser le coffre-fort de l’hôtel et se méfier des rencontres "de séduction" qui pourraient être des pièges. Des recommandations qui ne sont pas que pour le Qatar mais qui s’appliquent parfaitement dans le cadre de cette Coupe du monde. Ce n’est pas "Le bureau des légendes", ces menaces sont bien réelles !

Et ça ne s’arrête pas là. Le Qatar a déployé un arsenal technologique de surveillance assez impressionnant, notamment en termes de reconnaissance faciale. Comme un laboratoire de la société de surveillance que veulent installer certains pays. Les supporters sont en permanence sous l’œil numérique de drones de surveillance, qui survolent les stades et les rues, et de 15.000 caméras biométriques présentes dans les stades et dans les rues, équipées de logiciels de reconnaissance faciale. Une technologie testée ailleurs dans le monde, mais pas toujours au point... On se souvient du fiasco de Cardiff où se déroulait la finale de la Ligue des champions en 2018. Les caméras intelligentes testées pour l’occasion avaient détecté 2.470 "criminels", mais seuls 173 avaient un casier judiciaire. Un taux d’échec de 92%...

Anthony Morel