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Danemark: Un parti politique dirigé par une intelligence artificielle

Pour les prochaines élections législatives au Danemark, le 1er novembre, un parti dirigé par une intelligence artificielle se présente. Une sorte de "chatbot" politique qui se nourrit des conversations avec les Danois pour parfaire son programme politique.

Un nouveau parti politique fait parler de lui au Danemark. Il s'appelle le Parti synthétique et sa particularité est qu'il est dirigé… par une intelligence artificielle. C'est un vrai parti, créé par un collectif d’artistes danois qui veut mobiliser le vote des abstentionnistes lors des législatives du 1er novembre prochain. Leur idée: "vous ne faites pas confiance aux politiques, votez pour un robot".

Cette intelligence artificielle, baptisée Computer Lars, a repris à son compte, compilé et synthétisé les idées de petits partis politiques danois depuis les années 70, qui sont trop petits pour avoir un siège au parlement mais qui représentent à eux tous environ les opinions de 20% de la population qui ne se rend pas aux urnes et les régurgite sous forme d’un programme.

Un chatbot politique

Concrètement, ce chef de parti virtuel prend la forme d’un chatbot, un agent conversationnel avec lequel on peut chatter. On peut lui demander par exemple ce qu’il pense du revenu universel, qui fait partie de son programme, et il explique point par point pourquoi, selon lui, un revenu de base permettrait de réduire les inégalités. Il se dit plutôt de gauche, et soyons clair: c’est le cas. Il est pour l’égalité des chances et contre les discriminations, pour un revenu minimum pour les étudiants et un salaire minimum de 10.000 euros pour tous les habitants, ce qui représente à peu près le double du salaire moyen.

Il présente aussi des projets pour préparer la cohabitation entre l’homme et la machine. Ce n’est pas la première expérience en la matière. En 2018, lors des élections municipales dans la ville de Tama (Japon, 150.000 habitants) figurait parmi les candidats une IA. Sur les affiches il prenait la forme d’un robot avec comme programme le fait de mener une politique "impartiale et objective". Il n’a pas été élu mais a quand même fait 9%.

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De l'influence humaine sur les IA

Si ce parti obtenait des sièges lors des élections de début novembre, il faudrait une incarnation humaine. Tout ceci devient complexe parce que les discussions que ce chef de parti artificiel avec la population vont être utilisées pour enrichir l’algorithme, et peut-être lui faire changer d’avis ou évoluer sur certaines questions. Or, en général l’influence humaine est assez néfaste.

Il y a quelques années, une expérimentation d'une IA mise au point par Microsoft, baptisée Tay avait été conçue pour discuter avec les internautes et se nourrir de ce qu’ils disent et pensent. En quelques heures, l'algorithme innocent s'était transformé en une sorte de robot néo-nazi, qui enchaîne commentaires racistes sur Barack Obama, messages d'admiration d'Adolf Hitler ou encore remise en cause de la thèse officielle sur les attentats du 11 septembre. Evidemment, Microsoft a dû retirer l'outil en urgence, le temps de l'améliorer. Un incident qui nous fait toucher du doigt une des limites de l'intelligence artificielle: si on lui apprend n'importe quoi, elle fait n'importe quoi.

Bientôt en France ?

Les créateurs de l’algorithme danois affirment être en discussion pour créer des versions locales du programme, y compris en France. Un quart des Français affirment qu’ils seraient prêts à déléguer les décisions gouvernementales à des algorithmes. Si l’on en croit les résultats de cette étude vertigineuse publiée par un centre de recherche de l’université de Madrid sur 2.500 personnes dans 8 pays européens : "est-ce que vous seriez prêt à laisser des algorithmes gouverner à la place de vos hommes politiques ?" 25% des Français répondent oui, 30% en Allemagne, 43% aux Pays-Bas.

Est-ce que c’est un sentiment réel ou juste une expression du ras-le-bol envers les politiques? L’idée serait de mettre au point des programmes informatiques capables de prendre des décisions froides et objectives à partir de milliers de paramètres, basées sur l’intérêt général, sans flancher, sans être influencées et sans revenir sur leurs promesses. Non plus des hommes mais des "machines politiques", froides, rationnelles, incorruptibles.

Anthony Morel (avec MM)