RMC

Racisme contre les asiatiques: "la nouvelle génération ne l'accepte plus, elle est née ici et ne doit rien à personne"

-

- - -

Dans une vidéo publiée jeudi, des stars d’origine asiatique comme le comédien Frédéric Chau, la chanteuse Anggun ou le gardien du PSG Alphonse Areola racontent les insultes qu’ils subissent depuis toujours. Hélène Lam Trong, qui a réalisé la séquence, explique cette démarche qui vise à lutter contre le racisme dont est victime la communauté des Français originaires d’Asie.

Hélène Lam Trong, réalisatrice de la vidéo "Asiatiques de France – Le Clip".

"En février, j’ai tourné un documentaire sur Frédéric Chau, le comédien de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu. J’ai rencontré ses amis, qui bossent dans le 13e arrondissement de Paris. Ils sont jeunes, ils ont envie de changer l’image du quartier, mais ils ne sont pas politisés, ils n’ont pas d’associations. Ils m’ont montré une vidéo faite par des Américains d’origine asiatique et ils m’ont demandé de les aider.

Je leur ai proposé de le faire, avec nos petits moyens. Je leur ai demandé de me dire devant la caméra des insultes qui les ont visées, eux ou leurs proches, et qui les ont blessées. Je n’ai pas écrit les insultes. Par exemple, Anggun m’a fait rigoler quand elle dit 'toi tu dois bien savoir masser'. Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de trucs. Je n’ai eu aucun mal à trouver des gens pour faire cette vidéo. Tout le monde a dit oui direct.

La prise de conscience de l’opinion publique sur le fait que ce racisme-là existe, je pense que c’est encore balbutiant. En revanche, qu’au sein de la communauté asiatique il y ait des gens qui se disent qu’il fallait faire quelque chose et que ça ne pouvait plus durer, je pense que c’est générationnel. Ce sont des gens qui ont une trentaine d’années, qui deviennent parents. Leurs parents acceptaient des trucs, eux l’acceptaient déjà moins. Et ils ne l’accepteront pas pour leurs enfants. La nouveauté, ce n’est pas le racisme asiatique, il a toujours existé. La nouveauté c’est que la génération actuelle n’accepte plus d’en être la cible.

"Quand on est victime de racisme alors qu’on a été accueilli à bras ouverts, on évite un peu de gueuler"

C’est une immigration qui est un peu plus récente que d’autres. L’arrivée massive des asiatiques en France, elle remonte à la fin des années 70 et au début des années 80. Ensuite, c’est très personnel comme réflexion, mais je pense que les conditions d’accueils des immigrés d’origine asiatique ont été excellentes. On les a accueillis à bras ouvert, notamment les boat people. Il y a eu une grande mobilisation nationale et médiatique pour les accueillir, ce qui n’a pas été du tout le cas pour d’autres communautés. Du coup, le regard qu’on porte sur eux a priori est positif. Ça change beaucoup de chose: quand on est victime de racisme alors qu’on a été accueilli à bras ouverts, on évite un peu de gueuler. Parce qu’on a peur de passer pour des ingrats.

Mais ce problème, la 2e et la 3e génération ne l’ont pas: eux ils sont nés ici, ils ne doivent rien à personne.

L’autre raison, c’est qu’il n’existe pas d’association de défense des droits des asiatiques. Le CRAN ou le CRIF pour les asiatiques, ça n’existe pas. Du coup, le racisme passe toujours un peu crème quand il s’agit des asiatiques. C’est en train de changer, mais c’est lent. Et c’est ça l’idée des gens derrière cette vidéo: il faut que ça se mette à bouger un petit peu plus vite."

Propos recueillis par Antoine Maes