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Menace des variants: faut-il fermer les écoles face à la multiplication des cas de Covid-19?

Les contaminations au Covid-19 et ses variants se multiplient dans les salles de classes françaises. Pourtant, le gouvernement n'envisage pas la fermeture des écoles, collèges et lycées, tandis qu'à l'étranger, les établissements scolaires sont fermés dans de nombreux pays.

Fermer les écoles pour 4 semaines, au moins, c’est ce que réclame le SNMSU-UNSA, le premier syndicat des médecins de l'éducation nationale. Selon eux, cette fermeture immédiate de tous les établissements jusqu’à la fin des vacances dans les trois zones, soit jusqu’au lundi 8 mars, permettrait de freiner la circulation du Covid-19 "de plus en plus forte" mais aussi d'éviter un reconfinement et de contenir la prolifération des variants, considérés comme plus contagieux. Car déjà plusieurs établissements ont dû fermer leurs portes face à la multiplication des cas. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Education, 934 classes sont fermées et 105 établissements.

Le syndicat assure également que le nombre de cas augmente en milieu scolaire et redoute la propagation des variants… L’épidémiologiste Antoine Flahaut est sur la même ligne: il plaide pour un confinement dur, écoles comprises pour rouvrir "de façon plus sécurisée".

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Le gouvernement, lui, mise sur le renforcement du protocole sanitaire et sur l’arrivée des tests salivaires d’ici trois semaines pour repérer plus rapidement les enfants porteurs, et notamment en maternelle.

Fermer les écoles, "Nous ne le ferons qu’en dernier recours" répètent depuis le début de l’année le Premier ministre et son ministre de l’Education. Une obstination qui a des raisons à la fois économiques et sociales: fermer les écoles, cela veut dire maintenir les parents à la maison et freiner encore un peu plus une économie déjà claudiquant. Pour ceux qui ne pourraient pas se mettre en télétravail, l’Etat devra payer le chômage partiel ou fournir de nouvelles aides. Budgétairement non plus, ce n’est pas une bonne solution… 

Et puis il y a un argument social, la crainte de voir exploser le nombre d’élèves décrocheurs. L’Education nationale en a compté 970.000 à l’issue du premier confinement, et en particulier parmi les familles les plus modestes. Les personnels enseignants redoutent eux aussi les effets catastrophiques d'une nouvelle fermeture alors que l’enseignement à distance aggrave les risques de décrochage scolaire notamment.

Et si les vacances scolaires qui ont débuté lundi pour la zone A (Académie de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon, Poitiers) et doivent se poursuivre jusqu’au premier mars pour la zone C, pourraient permettre de ralentir l’épidémie, de nombreux médecins jugent la fermeture inéluctable alors que les mesures mises en place ne suffiraient pas :

"Il faut tout faire pour éviter la fermeture des écoles et on a mis des protocoles mais ces protocoles sont inefficaces. On n’a pas fait grand-chose pour les cantines ni pour diviser les classes", explique ce mardi sur le plateau des "Grandes Gueules" le docteur Jérôme Marty.

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"Il aurait fallu harmoniser la plage de vacances"

"L’enfant français n’est pas différent du reste des enfants du monde", ajoute le praticien alors que de nombreux pays ont eux choisi de fermer leurs écoles depuis plusieurs mois voire plusieurs semaines.

"La doctrine de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education c’était de dire qu’il ne se passait rien alors que nous, médecin généraliste, on a tous des cas de clusters dans des classes! Si on est sur un plateau avec des chiffres qui s’équilibrent, c’est grâce aux gestes barrières et au couvre-feu mais c’est tamponné par ce qui arrive dans les écoles. C’est pour ça que dès qu’il y a des vacances on voit des cassures dans les courbes".

"Il aurait fallu harmoniser la plage de vacances. Il me semblait que les vacances alternées en février c’était fait pour aller au ski et que l’industrie du tourisme fonctionne au mieux. Pourquoi on n’a pas mis en place les même 15 jours ?", s’interroge de son côté l’agriculteur Didier Giraud.

En attendant, le gouvernement campe sur ses positions malgré la situation. En une semaine, le nombre de classes fermées a plus que doublé, "mais il n'y a pas d'inquiétude, plutôt une vigilance extrême" assure pourtant le ministère de l'Education nationale à RMC.

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Education, en date du 5 février, 934 classes sont aujourd’hui fermées, ainsi que 105 établissements. Au total, il y a 12.500 cas de Covid-19 détectés (sur 12 millions d’élèves) et 1800 chez le personnel scolaire.

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Guillaume Dussourt