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1992-2012, retour à Maastricht

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Nicolas Sarkozy et Angela Merkel cherchent toujours un accord sur le moyen de sortir de la crise. Tous deux veulent aller vers une «union budgétaire». Autrement dit : Maastricht, le retour…

La crise nous a ramenés vingt ans en arrière. C’est en 1992 que le traité de Maastricht a entériné la création de l’euro. Il avait été ratifié par un référendum où le oui l’avait emporté de justesse, alors que tous les grands partis faisaient campagne dans ce sens – contre les dissidents souverainistes de droite et de gauche… et le FN. Logiquement, on a retrouvé le même clivage en 2005 au moment du référendum – perdu cette fois – sur la Constitution européenne. Eh bien au train où vont les choses, c’est ce clivage qui sera la clé de l’élection de 2012. Il y a 6 mois, on pariait sur une élection de type plébiscitaire pour ou contre Sarkozy ; nous aurons un référendum pour ou contre l’Europe !

Insistance de Nicolas Sarkozy sur le thème de la « souveraineté »

La question est : un Etat est-il encore maître de sa politique économique s’il adhère à une « union budgétaire » pour reprendre le mot d’Angela Merkel ? Aller vers l’harmonisation fiscale, l’alignement des taux de TVA, des cotisations sociales, c’est forcément marcher vers des politiques de plus en plus semblables, c’est une lapalissade. Ça ne sert à rien de le nier. Nicolas Sarkozy y répond par un sophisme : on garde mieux sa souveraineté si on la partage avec ses alliés. Sauf que ça n’est plus tout à fait de la souveraineté… Et voilà le décor de Maastricht qui se reconstitue. D’un côté, l’UMP, le PS, les centristes et les Verts, pour qui le salut passe par l’Europe ; de l’autre, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement et Marine Le Pen pour qui l’Europe est la cause du mal. La campagne va se focaliser sur cette bipolarisation-là, et non plus sur le clivage droite-gauche.

Ce que ça peut modifier dans le déroulement de la campagne présidentielle

L’essentiel : si le débat s’organise entre deux thèses qui sont « poursuivre l’intégration européenne dans le sens du fédéralisme » et « revenir aux Etats nations », la logique voudrait que ce soient ces deux courants qui soient représentés au second tour. Concrètement, ça veut dire que la qualification se jouerait entre Nicolas Sarkozy et François Hollande chez les européens, et entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pour les souverainistes. Ensuite, si cette lecture se vérifie, ça voudrait dire que les électeurs choisiraient au 2d tour non plus en fonction des affinités gauche-droite classiques mais de leur attachement ou non à la construction européenne – et peut-être à d’autres principes. Comme après le 21 avril 2002, quand la gauche avait appelé à voter Chirac pour faire battre Le Pen. On irait à ce moment-là non pas vers un 21 avril à l’envers, mais vers un 21 avril… au carré.

Est-ce que ce scénario peut avantager certains candidats par rapport aux autres ?

Objectivement, la mise en cause du système européen fait les affaires de Marine Le Pen. Parce que la crise augmente le ressentiment des Français les moins bien lotis contre l’Europe et qu’en plus, elle joue sur la peur de l’insécurité et de l’étranger – ce que Mélenchon, lui, s’interdit de faire. De l’autre côté, plus Nicolas Sarkozy essaiera de se poser en leader de la cause européenne, en profitant du fait que c’est lui qui négocie au nom de la France, plus l’espace politique se réduira pour François Hollande. On ne votera sûrement pas tout de suite la règle d’or, mais ça nous promet une campagne… de plomb !

Écoutez le parti pris d'Hervé Gattegno tous les jours à 8h20 sur RMC.

Hervé Gattegno