RMC

2015 a été une année politique catastrophique

Le parti pris d'Hervé Gattegno du lundi au vendredi sur RMC

Le parti pris d'Hervé Gattegno du lundi au vendredi sur RMC - Visual

Hervé Gattegno a dressé le bilan politique de 2015. Selon lui, ce fut une année très sombre. Entre l'échec du gouvernement face au chômage, à la crise des migrants et à la menace terroriste, on a pu fortement ressentir l'impuissance de la France. C'est dire que les dirigeants n'ont pas su relever les défis que les Français ont attendu.

Pour votre dernière chronique de l’année, vous tirez un bilan particulièrement sombre. Votre parti pris : 2015 a été une année politique catastrophique. Expliquez-nous pourquoi.

La France n’est pas le seul pays à vivre dans la crise et sous la menace mais parmi les grandes démocraties, c’est celui où l’impotence politique est le plus cruellement ressentie. On l’a vérifié en 2015 face au chômage ; dans la crise des migrants, où la France et l’Europe ont été des puissances impuissantes. On l’a vu avec l’échec de la COP 21, malgré tous les slogans vertueux (195 chefs d’Etat réunis = 195 cellules de comm’). Et on le redécouvre face au terrorisme, puisque rien n’a été fait ou presque entre les attentats de janvier et ceux de novembre, et que depuis, on s’égare dans des débats malsains. C’est parce que la politique ne relève pas ces défis que les Français s’en défient.

On a beaucoup parlé, cette année, d’une "recomposition politique" qui serait amorcée. Est-ce que ce n’est pas le début d’une amélioration ?

En fait de recomposition, c’est à une décomposition qu’on assiste. La gauche, la droite, les écologistes et les centristes sont divisés, fracturés, tous les leaders sont contestés (à commencer par Hollande et Sarkozy). La nouveauté, c’est le tripartisme FN-gauche-droite. Mais il ne porte aucune rénovation, puisque notre système est conçu pour la bipolarité et que le FN n’accède toujours pas aux pouvoirs importants – le pire, c’est que la menace qu’il représente fait que le débat politique est réduit à sa plus simple expression : il y a d’un côté, le FN, qui agite les peurs ; et face à lui des partis qui agitent la peur du FN. D’un côté, le FN qui n’a aucune solution sérieuse à proposer ; de l’autre, la gauche et la droite qui n’en cherchent plus.

Sans parler de tableau d’honneur – puisque vous n’avez pas trouvé l’année politique très brillante –, quelles sont les personnalités dont vous diriez qu’elles se sont distinguées en 2015 ?

J’en citerai trois, qui ont incarné en 2015, chacun à sa façon, le mirage de la rénovation. Macron a fait voter une loi qui a soulevé des débats stupéfiants pour des effets insignifiants. Marion Le Pen personnifie la dédiabolisation du FN : elle énonce de façon très doucereuses des idées très dangereuses. Et puis Alain Juppé, homme politique préféré des Français après avoir été le plus détesté ; il est apprécié comme un vieux médecin de famille, qui a de bons diagnostics mais des remèdes à l’ancienne, des potions amères. Pour l’instant, il soigne surtout son ego et il en dit le moins possible sur les traitements auxquels il nous soumettrait si on faisait appel à lui – il faut dire que la dernière fois qu’il a fait une ordonnance, il y a 20 ans, toute la France a été malade.

Avec tout cela, vous ne nous donnez pas beaucoup de raisons d’espérer. Est-ce qu’on peut quand-même trouver des raisons d’être optimiste en 2016 ?

Les prévisions économiques restent mauvaises et la menace terroriste va durer. Mais en politique, 2016 ne peut être que meilleure que 2015. La primaire à droite va être un moment passionnant – en tout cas une vraie innovation. Et je fais le pari qu’il y aura aussi une primaire à gauche, parce que François Hollande est trop affaibli, trop contesté pour prétendre se représenter sans se soumettre à un vote. Ça peut être l’occasion historique dont le PS a besoin pour trancher les débats qui fracturent la gauche. Ça veut dire que l’avenir reste sombre, mais que l’année prochaine va apporter des clarifications.