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832 Chibanis, travailleurs marocains de la SNCF, attaquent leur employeur pour discrimination

Des employés de la SNCF rénove des voies, la nuit (photo d'illustration).

Des employés de la SNCF rénove des voies, la nuit (photo d'illustration). - Jean-François Monier - AFP

Employés dans les années 70 par la SNCF avec un statut particulier, 832 travailleurs marocains, appelés Chibanis, attaquent leur employeur devant les prud'hommes pour discrimination au travail. Pénalisés pour leur carrière et leur retraite par rapport aux autres salariés, ils s'estiment floués et demandent réparation à la SNCF.

Ils ont le sentiment de s’être fait arnaquer par la SNCF et demandent justice. Les Prud'hommes de Paris examinent, depuis lundi et toute la semaine, le cas de 832 travailleurs de la SNCF, d'origine ou de nationalité marocaine. Les "Chibanis (cheveux blanc, en arabe) de la SNCF", comme ils se font appeler, ont assigné leur employeur pour discrimination tout au long de leur carrière et demandent réparation.

"Je touche 500 euros de retraite, les Français 2.000 euros"

Embauchés au début des années 1970 comme contractuels, donc avec un contrat de droit privé, ces agents à la retraite ou proches de la retraite, ne relèvent pour la plupart pas du statut particulier des cheminots, plus avantageux mais réservé aux ressortissants européens. Ils affirment avoir été "cantonnés" aux plus bas niveaux de qualification et pénalisés à l'heure de la retraite.

Brahim Elouhmani a quitté le Maroc en 1968 pour entrer à la SNCF. 38 ans de service en tout, à exécuter les tâches les plus rudes et à la fin… pas grand-chose. "Je touche 500 euros et 35 centimes de retraite, déplore-t-il sur RMC. Il ne comprend pas pourquoi il touche si peu, alors que "les Français touchent au moins 2.000 euros".

Pas le droit de passer les examens pour monter en grade

Ces "indigènes du rails", comme ils se qualifient eux-mêmes, ne sont pas logés à la même enseigne que les cheminots français. Pas le droit de passer les examens pour monter en grade, pas le droit non plus de prendre sa retraite au même âge. "Les Français partent en retraite à 55 ans, alors que nous, nous devons aller jusqu'à 65 an. Ce n'est pas normal !", s'agace Brahim Elouhmani.

"Lorsqu'on ne peut pas bénéficier, pour des raisons simplement de rentabilité économique, des soins médicaux équivalents, des salaires équivalents, il y a inégalité de traitement", souligne un de leurs avocats, maitre Olivier de Boissieu. Lundi, devant la cour, il a demandé l’application du principe "à travail égale, salaire égal".

L'avocat et ses confrères réclament en moyenne 400.000 euros par cheminot marocain. La SNCF, elle, conteste toute discrimination. Le Conseil des Prud'hommes de Paris rendra sa décision le 21 septembre prochain.

Philippe Gril avec Antoine Perrin