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A Lesbos (Grèce), les migrants continuent d’affluer en masse: "La Turquie n’est pas un pays sûr"

REPORTAGE - A Lesbos (Grèce), les expulsions de réfugiés ont commencé vers la Turquie et elles devraient se poursuivre ce mardi. Pour autant, le nombre de réfugiés sur l'île ne devrait pas diminuer de sitôt...

Il y a quelques semaines, l'Union européenne et la Turquie signaient un accord controversé, prévoyant le renvoi en Turquie des réfugiés illégaux. En échange, les Syriens, et les Syriens seuls, peuvent espérer obtenir leur entrée sur le sol européen s'ils ont fait une demande en bonne et due forme. Concrètement, le principe du un pour un est théoriquement censé s’appliquer: pour tout illégal renvoyé, l'UE s'est engagée à accueillir un syrien demandeur d'asile.

Et les expulsions ont débuté ce lundi et devraient se poursuivre ce mardi. Si au total, 750 réfugiés doivent être expulsés par bateau d'ici mercredi, sur l’île de Lesbos (Grèce), le nombre de réfugiés ne devrait pas diminuer de sitôt… En effet, alors que les premiers migrants ont quitté l’île, ils ont été rapidement remplacés par d’autres réfugiés qui continuent d’arriver sur les plages. Rien ne semble les décourager de fuir la Turquie, comme l’explique Ilham, une Afghane rencontrée par RMC.

"Ils s'enfuient dans la forêt pour se cacher"

"C'est trop dangereux. Il y a beaucoup de passeurs et ils sont armés. Je les ai vus… La Turquie n’est pas un pays sûr", assure-t-elle. "Maintenant, quand ils arrivent sur la côte, ils essaient de s'enfuir. Parce qu'ils savent qu'ils risquent d'être déportés. Donc ils s'enfuient dans la forêt pour se cacher", indique de son côté Esther Camps, coordinatrice de l'ONG Proactiva Open Arms, à Lesbos.

Ce lundi, 50 réfugiés ont été secourus en mer, risquant leur vie pour rejoindre la Grèce, malgré la menace d’une expulsion. "Ce qu'ils ont fui dans leur pays, c'est si terrible que pour eux ça vaut le coup de continuer de tenter leur chance ici, justifie Zarah Prior, bénévole sur les plages de Lesbos. J'ai vu un jeune Syrien de 23 ans, sa famille est déjà arrivée à Athènes. Son objectif c'est de les rejoindre."

Comment les réfugiés expulsés sont-ils choisis?

Les critères de sélections sont très flous et Frontex, l’Agence européenne chargée de la mise en œuvre des expulsions, communique très peu sur ce point. La responsable présente à Lesbos a assuré à RMC que les personnes qui n’ont pas fait de demande d’asile en Grèce sont expulsées. Mais selon les ONG et les réfugiés, la situation est beaucoup plus compliquée. Ainsi, dans le centre de détention de Moria, nombreux sont ceux qui souhaitent déposer une demande d’asile mais les autorités grecques, débordées, n’accepteraient plus d’examiner leurs dossiers alors même que près de 2.900 demandes ont été déposées à Lesbos, ces deux derniers jours.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique