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Agression imaginaire de Montreuil : "Dans sa tête, c'est comme s'il y avait un jeu"

Un gérant bénévole des Restos du Cœur de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui avait raconté avoir été blessé à l'arme blanche par deux personnes, a été placé en garde à vue mardi, soupçonné par les enquêteurs d'avoir menti. Mais pourquoi aurait-il inventé son agression? Explications avec André Bonaly, neuropsychanalyste et spécialiste du mensonge.

Dès qu'il a déroulé son récit, vendredi 1er juillet, les enquêteurs ont eu des doutes. Le gérant bénévole des Restos du Coeur de Montreuil, qui avait raconté à la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres qu'il avait été agressé par un couple armé d'un couteau et d'une hache, a livré une histoire pleine d'incohérences et de zones d'ombre qui ont tout de suite alerté les policiers, a-t-on appris mercredi, au lendemain de sa mise en examen pour "dénonciation de crime imaginaire".

Mais pourquoi cet homme de 59 ans aurait-il inventé son agression? Comment cela s'explique-t-il? Pour André Bonaly, neuropsychanalyste et spécialiste du mensonge, "c'est un bon mythomane". "Chaque être humain a un lot d'images qui représentent la vie de tous les jours. Et lui, dans sa tête, il joue le rôle du bourreau, du martyr à travers ces images, analyse-t-il sur RMC. Dans sa tête, c'est comme s'il y avait un jeu dans lequel il est agressé. Mais quand il subit l'événement, il en est la victime réelle".

"Il fait à la fois la victime et le bourreau"

"Evidemment, si dans son imaginaire il a pris un couteau ou une hache, c'est qu'il a pris quelque chose sur la table pour se faire mal. Ça c'est la réalité. Et l'image mentale qu'il fabrique lui fait le film", explique encore ce spécialiste. "Il faut savoir que le monde de l'image prend de plus en plus d'importance dans la société moderne, enseigne André Bonaly. Il y a ainsi de plus en plus de pervers narcissiques. Mais là, c'est un cas encore un peu plus particulier puisqu'il joue les deux rôles en même temps. Alors que d'habitude on va vers une victime, vers une proie, lui, fait à la fois la victime et le bourreau".

"On pourrait penser que cet individu est schizophrène mais en réalité c'est beaucoup plus de la mythomanie, estime encore ce neuropsychanalyste. C’est-à-dire que la construction de l'image prend plus de place que le réel". Et d'avancer: "Je pense que c'est quelqu'un qui doit être persécuté. Sa souffrance étant telle qu'il a voulu se faire plus de mal pour l'alimenter". Mais est-ce surprenant qu'il ait inventé tout cela alors qu'il est très impliqué dans la vie associative, très apprécié, très entouré? "Non, car quand il vit cette partie de l'association, il ne sait pas si c'est la réalité ou ce qu'il aimerait que la réalité soit".

"Ce n'est pas un fait anodin"

"Les Restos du Cœur sont un emblème très bon. On a une bonne reconnaissance quand on y travaille et lui je pense qu'il cherche une reconnaissance. Il cherche plus que ce qu'il n'est, analyse encore André Bonaly. Si, dans cette association, il est gentil, courtois, agréable, sympathique, c'est parce qu'il veut montrer un bon côté de lui-même, parce que son image intérieure est très mauvaise. Peut-être qu'il a donc voulu tuer cette mauvaise image à travers cette agression".

"Les individus cherchent toujours quelque chose de plus extrême que ce qu'ils vivent. Lui a voulu vivre une agression mais quand il le fait, il ne sait pas qu'il va tenter de se tuer ou se faire du mal, interprète encore ce spécialiste du mensonge. Mais une autre fois il pourrait le faire contre quelqu'un d'autre". Enfin, selon lui, "on ne peut pas laisser cet individu seul dans la nature. Il faut le traiter comme quelqu'un qui a une bonne maladie mentale. Ce n'est pas un simple fait anodin".

Maxime Ricard avec Juliette Droz