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Ajaccio: "une réaction excessive d'une minorité qui s'estime plus corse que les autres"

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Vives tensions à Ajaccio dans le quartier populaire des Jardins de l'Empereur. Pendant deux jours, des manifestations et rassemblements racistes ont eu lieu pour protester contre l'agression de deux pompiers et un policier la nuit de Noël. Le préfet de Corse a interdit les manifestations jusqu'au 4 janvier.

"Arabes dehors", "on est chez nous", c'est avec ces slogans racistes que 300 personnes ont défilé ce week-end à Ajaccio, dans le quartier populaire des Jardins de l'Empereur. "On est là pour leur montrer qu'ils ne sont pas chez eux. Il y a des gens qui réclament la justice", déclare l'un de ces manifestants.

Pétards, fumigènes, caillassage des portes vitrées… Les habitants de la cité restent calfeutrés chez eux. Ahmed, un grand-père de 73 ans, est encore sous le choc: "Ils tapent, ils cassent tout. Ils cassent les vitres, les boites aux lettres. Les petits ont peur, j'espère que ça va s'arrêter, j'espère que l'Etat va faire son travail".

Les incidents avaient commencé dans la nuit de jeudi à vendredi, lorsqu'un incendie avait été "volontairement allumé" dans les Jardins de l'Empereur, "pour attirer les forces de l'ordre et les pompiers dans un guet-apens", a indiqué la préfecture.

L'ancien président d'une association de lutte contre la violence des jeunes en Corse, Jean-Pascal Taddei tente d'analyser ces violences: "C'est une réaction excessive d'une extrême minorité de personnes qui s'estime plus corse que les autres mais qui ont plus des idées d'extrême droite que des idées nationalistes qui veulent faire la loi de la jungle (…) Au nom de quoi? Au nom de qui? C'est encore plus incompréhensible".

"Des propos comparables à ceux du Front national"

Et ces discours xénophobes sont de plus en plus visibles en Corse, notamment depuis les attentats du 13 novembre, constate Thierry Dominici, sociologue à l'université de Bordeaux 4 et spécialiste de la Corse: "Un discours qui était autrefois autorisé dans des lieux très fermés s'installe en Corse et est devenu une sorte de parole libre et libérée. Après les événements de janvier, des associations se sont créées qui sont à la fois religieuses et qui tiennent des propos comparables à ceux des militants du Front national. Et je pense que ce sont les mêmes associations qui ont instrumentalisé un rassemblement qui était à la base pacifique, c'est une première pour la Corse".

Dans la nuit de samedi à dimanche, le préfet de Corse, Christophe Mirmand, a pris un arrêté d'interdiction de manifester et de se rassembler au moins jusqu'au 4 janvier dans ce quartier populaire d'Ajaccio "compte tenu des incidents qui s'y sont déroulés à deux reprises et des manifestations qui s'y sont caractérisées par des propos extrêmement violents", a-t-il expliqué.

La rédaction, avec Marion Dubreuil et Benoît Ballet