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Après les attentats, les policiers sont à bout: "Le risque c'est qu'ils soient dans l'incapacité d'intervenir"

Les forces de l'ordre sont au bout du rouleau

Les forces de l'ordre sont au bout du rouleau - AFP

TEMOIGNAGES - Les forces de l'ordre sont sur le qui-vive depuis les attaques du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Et avec la grande conférence sur le climat à Paris qui vient s'ajouter aux missions, certains commencent à accuser le coup.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve doit recevoir ce mercredi en fin d'après-midi les principaux syndicats des forces de l'ordre. Et ils comptent bien faire entendre leurs revendications : plus de moyens, plus d'effectifs et vite. Car depuis les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, et avec la COP21 depuis lundi, les équipes sont à bout. C'est le cas de Ludovic, 32 ans. En 10 ans de service dans la police, il ne s'est jamais senti aussi éprouvé que depuis les attaques.

"Plus personne pour protéger la France"

"J'étais au Stade de France quand ça s'est passé. J'étais à 50 mètres de l'explosion. Ça m'a fait quelque chose quand même…, témoigne-t-il. Je suis suivi par un psy. Pour autant, je ne suis pas mis en arrêt maladie parce que si tout le monde se met en arrêt maladie il n'y aura plus personne pour protéger la France. Il faut donc être fort, aller de l'avant et continuer à travailler".

Ce mercredi soir, Ludovic assure la sécurité d'un match de foot à risque en banlieue parisienne. Jeudi, une autre mission l'attend. Et la COP21 dans un pays en état d'urgence ne lui laisse aucun répit. "En ce moment, on n'a pas d'heures fixes. Ma pire journée c'est 7h30-minuit, voire 01h00, assure-t-il. On rentre chez soi, on dort deux heures, ça ne vous fait pas une vie passionnante". Pour tenir le coup, Ludovic compte beaucoup sur le soutien de la population. 

"Dimanche dernier, j'étais non loin du Bataclan et dans un bar on m'a proposé un café. C'est ce genre de geste qui touche, certifie encore ce policier. Quand je suis place de la République, les gens s'arrêtent pour nous souhaiter bon courage. Ce genre de geste nous montre l'affection que beaucoup de gens peuvent éprouver à notre égard". Ludovic est aussi délégué du syndicat Alliance Police nationale. Il attend beaucoup du gouvernement.

"Manque de moyens et de personnel"

"On attend des choses concrètes depuis le 11 janvier malheureusement, regrette-t-il. J'espère que cela va arriver. Car on manque de moyens et de personnel. On travaille parfois dans des conditions d'insécurité. Ainsi, sur des points chauds, je suis souvent seul alors qu'en école on nous apprend à toujours être en binôme minimum. Ce n'est donc malheureusement pas le cas".

Une telle surcharge de travail peut avoir de lourdes conséquences estime Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance. "Le risque c'est que les forces de l'ordre soient dans l'incapacité de pouvoir intervenir". C'est pourquoi, alors que sur 5.000 réservistes civils (policiers retraités ou volontaires) la moitié est déjà sollicitée, face à l'urgence, le syndicat Alliance demande au gouvernement de puiser encore plus dedans.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique