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Arrestations à la Fifa: "Un grand coup de tonnerre qui probablement annonce un grand coup de balai"

Six membres de la Fifa ont été arrêtés

Six membres de la Fifa ont été arrêtés - AFP

Un séisme a frappé la Fifa mercredi avec l'arrestation, à Zurich à la demande des autorités américaines, de six responsables soupçonnés de corruption, à deux jours de l'élection pour la présidence.

Plusieurs cadres de la Fédération internationale de football ont été arrêtés et placés en détention ce mercredi pour des faits présumés de corruption. La justice américaine réclame leur extradition. Dans le même temps, le parquet suisse a indiqué avoir ouvert une enquête sur les conditions d'attribution des Mondiaux 2018 et 2022. Dans Bourdin Direct, Pascal Perri, consultant économique de RMC Sport et spécialiste du football, et Pascal Boniface, directeur de l'IRIS et auteur de Football et mondialisation, sont revenus sur cette affaire.

Pour ce dernier, "il s'agit d'un grand coup de tonnerre qui probablement annonce un grand coup de balai. Sepp Blatter qui pensait être tranquillement, sans obstacle et sans réelle opposition, réélu à la tête de la Fifa dans 48 heures, même s'il n'est pas personnellement visé par l'enquête du FBI, est quand même atteint par tous les dommages collatéraux. Dès lors, je pense qu'il va être difficile de procéder à cette élection comme si de rien n'était".

Soupçons de corruption généralisée

Sur les six responsables arrêtés, Pascal Boniface souligne qu'il s'agit "principalement des responsables de la zone CONCACAF (Amérique du Nord, Amérique centrale et Caraïbes), une zone problématique depuis assez longtemps. En effet, elle regroupe de toutes petites confédérations, plus faciles à 'convaincre'". Il note par ailleurs que "l'ancien président de cette confédération, Jack Warner, avait été contraint de démissionner en 2011 suite à des accusations, qui s'étaient avérées fondées, de corruption".

C'est en réalité un cocktail explosif attribution de Coupes du monde, de droits marketing et de télévision qui se retrouve aujourd'hui au cœur du scandale. "Je pense que les Américains, qui ne se sont pas remis d'avoir perdu l'attribution de la Coupe du monde 2022, vont maintenant tirer sur la ficelle pour arriver jusqu'au bout. Et à un moment où un autre, probablement que l'on va découvrir qu'il y a une corruption généralisée à la Fifa", estime Pascal Perri. "Ce qu'on soupçonne tous", ajoute-t-il. Pascal Boniface confirme: "Les Etats-Unis ont certainement une revanche à prendre".

"Bien joué de la part des Etats-Unis"

Il tient toutefois à rappeler que "tout ça n'a rien de nouveau. Quand la compétition a été attribuée à l'Allemagne en 2006, il y avait parmi les votants un représentant de l'Océanie qui avait changé son vote au dernier moment alors qu'il avait affirmé avoir voté pour l'Afrique du Sud". "Les soupçons de corruption ne sont donc pas nouveau", insiste le directeur de l'Iris.

Mais pour l'auteur de Géopolitique du sport, "il y a plus de transparence aujourd'hui, ou du moins il est plus difficile de cacher les choses, car les enquêtes se multiplient, comme celle menée par la justice américaine". A propos d'une probable extradition des personnes arrêtées, il note, avec une pointe d'ironie, que "comme les Etats-Unis ont un accord d'extradition extrêmement favorable avec la Suisse donc cela a été vraiment bien joué de leur part d'attendre que tous les poissons soient dans le même aquarium avant de jeter son filet".

Maxime Ricard